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Vampires à contre-emploi

mardi 4 novembre 2014, par Denis Blaizot

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Vampires à contre-emploi
Anthologie dirigée par Jeanne A. Debats
Éditions Mnemos
2014

Quatrième de couverture :

De tous les mythes dont écrivains et conteurs d’histoires se sont emparés afin de nous réjouir de nouvelles sagas, de nouveaux rêves, le vampire est peut-être le seul qui doive presque tout à l’art et aux genres de l’Imaginaire.

Bien que ses glorieux ancêtres hantent nos traditions populaires les plus antiques, ceux-ci n’ont rien de commun avec le dandy en frac qui se pourlèche les babines sur les écrans ou les étals des librairies. Spectres transylvaniens, ou miroirs où se reflètent nos visages à peine déformés, c’est la plume ou le pinceau de nos créateurs qui ont tracé les contours de son visage, narré ses mœurs, ses coutumes, inventé ses craintes et joué sur ses désirs autant que les nôtres.

Le vampire est notre créature autant que notre prédateur favori. Et il est libre. Fascinant.

C’est peut-être cette liberté qui a décidé onze auteurs, que rien dans leur œuvre ne destinait à rencontrer le vampire, à enfin franchir le pas et nous livrer leur version du vampire moderne, du vampire trans, post ou même méta humain.

Pour fêter les dix ans du festival de Sèvres et comme lui marier tous les genres de l’imaginaire, Ugo Bellagamba, Simon Bréan, Philippe Curval, Olivier Gechter, Thomas Geha, Raphaël Granier de Cassagnac, Marianne Leconte, Christian Léourier, Olivier Paquet, Timothée Rey et Christian Vilà ont pris leur plume de Science-fiction à rebours, à contre-emploi ; ils ont contemplé l’amour monstre dans les yeux et l’ont planté tel un drapeau face aux feux du soleil.

Sommaire :

  • Philippe Curval : Pire que le Vent
  • Christian Léourier : Quelques Moments dans la vie d’un homme d’affaires
  • Olivier Paquet :Trou noir contre Vampire
  • Marianne Leconte : Femme fatale
  • Christian Vilà :Les Ravageurs
  • Simon Bréan : Les Miroirs de l’Éternité
  • Ugo Bellagamba : Icare Hermétique
  • Timothée Rey : S’il te plaît, désenzyme-moi un inMouton !
  • Olivier Gechter : La Cure
  • Thomas Geha : Le Vampire et Elle
  • Raphaël Granier de Cassagnac : Beaucoup y ont cru

Mons avis : En découvrant le titre de cette antho, je me suis attendu à découvrir une sorte de tome II à Vampire malgré lui. Mais la présence de Philippe Curval dans la liste des auteurs a fait germer en moi un doute. Le titre de sa nouvelle encore plus. S’agissait-il d’une nouvelle écrite pour l’occasion ? Dans tous les cas, je m’attendais de la part de cet écrivain à tout sauf à une histoire de vampire classique. En effet, ici pas de buveurs de sang normaux, mais des extraterrestres plutôt mafieux qui, à distance, vous délestent de votre compte bancaire inscrit dans vos neurones. L’humanité pensait avec cette technique de stockage cérébrale avoir résolut le problème des vols d’argent sous quelques formes que ce soit ; Raté. Un très bon texte même si je trouve qu’il aurait gagné à quelques saut de lignes, car changer de point de vue et de lieu d’une ligne à l’autre sans préavis n’est pas agréable.

Ma relation littéraire avec Christian Léourier a bien failli tourner court. Je n’aime pas les récits à la première personne du singulier et au présent. En plus le démarrage est mou, si mou. Bref, les choses s’animent passés les deux premiers tiers de la nouvelle. Mais la fin rattrape l’ensemble. Chose surprenante, j’ai même fini par ne plus être conscient de l’usage de la première personne et du présent. Je donnerais donc une deuxième chance à cet écrivain [1].

Olivier Paquet n’a pas su me convaincre. Son style n’est pas mauvais. Son approche du vampirisme est originale. Mais baser son histoire sur une liste de contacts facebook... Comment une simple liste de noms pourrait-elle faire acquérir une personnalité à une entité informatique ? D’autant plus que l’auteur le dit lui-même : son héros ne connais personne de cette liste. Elle ne reflète en rien sa personnalité. Le fondement même de cette histoire est irrecevable. Dommage.

À connaître le thème de la nouvelle de Marianne Leconte, Femme fatale, le lecteur est en droit d’attendre une nouvelle très dynamique. À l’opposé, je l’ai trouvée lente. Seule la fin est rapide, trop rapide. 8 pages pour amener le côté fantastique, et vampirique, de l’histoire. Et en moins d’une page l’affaire est faite. Pour ne pas dire torchée. Elle aurait pu être bonne. Elle ne m’a pas plu.

Je n’ai pas tout suivi dans la nouvelle de Christian Vilà : Les Ravageurs. À la première page, il fait dire à son narrateur vampire qu’il s’est pris une cuite de première à coup de bourbon. Quelques pages plus loin(page 103), il lui fait dire Depuis ma métamorphose, je ne bois plus une goutte d’alcool. De la même façon, il écrit à la page 101 Comme tous les contaminés, elle ne supporte plus le lait de vache... (ce) qui s’explique par notre incapacité à assimiler toute substance animale d’une origine autre qu’humaine Et pourtant notre héros vampire se délecte d’une blanquette de veau et d’une palette de porc. Sans compter le fromage. Passons pour le fromage qui est un produit laitier très transformé, mais la viande. N’est-ce pas une substance animale d’une origine autre qu’humaine* ? Ce sont des « petits détails » qui me fâchent. D’autant plus que, 15 pages après le début (soit aux 3/4 de la nouvelle), on ne sait toujours rien de ces fameux ravageurs. Si ce n’est qu’il ne semble pas s’agir des héros mais d’une espèce de puceron qui a envahi un pied d’hortensia dans le jardin. Et au final, il semble que ce soit une allégorie sur l’opposition entre capitalisme (comprendre égoïsme) représenté par les vampires et communisme(comprendre partage, vie en communauté, etc.) incarné par les insectes ravageurs de l’hortensia. Bref : pas convaincu.

Simon Bréan m’a agréablement surpris avec Les Miroirs de l’Éternité. Du coup, je ne sais pas quoi en dire. Elle est bien construite. Le style de l’auteur est agréable. Et l’idée est originale.

J’avais déjà eu l’occasion de découvrir Ugo Bellagamba via ses préfaces publiées dans les anthologies des Utopiales. Je n’avait pas été convaincu, mais ce sont des préfaces et j’aime rarement les préfaces. Plus embêtant, Icare Hermétique ne m’a pas convaincu d’avantage. L’histoire est originale et intéressante, mais la narration ne m’a pas plu. Cet entrelacement de deux narrations de la même personne conjuguées au même temps.... Bof.

Timothée Rey a eu une idée originale : présenter sa nouvelle comme les rééditions des contes et romans du moyen-âge (Moi aussi, j’ai des volumes des Classiques français du moyen-âge à la maison) : en alexandrins, lignes numérotées, notes de bas de pages pour expliquer des mots ou des notions d’histoire. Oui, S’il te plaît, désenzyme-moi un inMouton ! est rédigée en alexandrins. Mais toute idée originale n’est pas d’office une idée géniale. Et là, je n’ai pas adhéré. Au point de ne faire que survoler ce texte. Survol suffisant pour poser une question à l’auteur : pourquoi inmouton dans le titre mais immouton dans le texte ?

Olivier Gechter a fait du bon boulot avec La Cure. Cette nouvelle est très réussie, et je n’ai rien de plus à dire que continuez, mon ami, continuez !

J’avais déjà lu de Thomas Geha : La Dette. Hé bien, grosso, modo, je fais les mêmes reproches à Le Vampire et Elle. Donc, je pense que cet écrivain, qui a ses qualités n’est pas pour moi.

Raphaël Granier de Cassagnac nous sert, avec Beaucoup y ont cru un petit bijou. Mais il me semble qu’il y a eu une interversion de deux passages. Page 203, Mme Morlut découvre la tombe profanée de son mari et page 204, nous assistons à l’opération par les héros de l’histoire. Est-ce volontaire ? Si oui je n’adhère pas au procédé. Si non, il est dommage que cette erreur soit passée inaperçue avant l’impression.

Pour conclure : Comme à mon habitude, je n’ai lu ni préface, ni postface. Donc pas de critique de ce côté-là. Par contre je cherche encore le côté contre-emploi. Peut-être l’usage du mot vampire ou le fait que les personnages sont loin de ressembler à des héros de bit-lit.

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[1Ce que j’ai fait avecL’arbre-miroir

Messages

  • « Survol suffisant pour poser une question à l’auteur : pourquoi inmouton dans le titre mais immouton dans le texte ? »

    Je passe par hasard dans le coin... et ça me donne du coup l’occasion de répondre à la question posée : en fait, c’est un bug (genre, comme le mot « linges » à la place de « lignes » dans le passage de l’article qui chronique mon texte^^). Le maquettiste qui s’est viandé en reprenant le titre. Pour être franc, je ne m’en suis pas aperçu sur les épreuves et ne l’avais pas vu avant aujourd’hui ! Des choses qui arrivent... même si, quand même, je grommelle dans ma barbe. Le « bon » mot est bien entendu « imMouton » (aka « mouton immortel », quoi).

    Sinon, l’idée n’était pas tant de pasticher la littérature médiévale que les « Classiques Larousse » (vous voyez ce que c’est, je suppose), et plutôt les auteurs du XVIIe, style Corneille, etc. Peu d’alexandrins au Moyen Âge, ils n’arrivent en masse qu’à partir de Ronsard, en gros. J’avais même fait un montage Photoshop d’après un de ces « Classiques Larousse », que je souhaitais insérer en première page (l’intitulé étant du reste « Classiques La Loose ») mais l’éditeur estimait que je l’avais déjà assez enquiquiné avec ma mise en forme (le souci principal ayant assez curieusement été causé par la numérotation de 5 en 5 des vers, pour des raisons de découpe de ces vers en plusieurs parties, par endroits)... et n’a pas voulu du montage en question.

    Pfff... Et personne ne remarque, dans les chro, qu’il y a 666 vers. Bien la peine de se décarcasser ;-)

    TR

    • Bonjour,

      Oups ! boulette corrigée. effectivement j’avais écrit linges en lieu et place de lignes.

      Oui, la structure et la présentation du texte collent bien au modèle des « Classiques Larousse ». Mais je n’ai pas fait ce rapprochement car j’ai feuilleté un de ces volumes pour la dernière quand j’étais au collège. Alors que j’ai encore à la maison quelques volumes des « classiques français du moyen-âge » en attente de lecture ou de relecture.

      Merci d’avoir pris la peine de nous préciser tout ça. Et si je n’ai pas remarqué le nombre de vers, c’est certainement parce que je n’ai porté aucune attention à la numérotation pendant la lecture.