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La cour des miracles

Prix mille saisons 2016

jeudi 7 mai 2015, par Denis Blaizot

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La cour des miracles
Édition Le Grimoire
prix Mille saisons 2016
ISBN : 979-109270004-6

Quatrième de couverture :

Le prix Mille Saisons inaugure avec La Cour des miracles la première collection interactive des littératures de l’imaginaire.
Nous vous proposons de choisir l’univers, l’auteur et l’illustrateur de nos prochaines publications.
La Cour des miracles présente vingt nouvelles, chacune illustrée par un élève de l’école Jean Trubert.
À l’intérieur de ce recueil, vous trouverez un code (à usage unique) vous permettant de voter pour l’un des auteurs et illustrateurs.
Le prix Mille Saisons sera attribué grâce à votre participation. L’auteur verra son roman, dont la nouvelle est l’esquisse, édité dans la collection Mille Saisons. Quant à l’illustrateur, il lui sera confié la réalisation de la couverture.

Contenu de ce volume :

  • Préface
  • Gabriel Féraud : Pas de bagatelle pour les gueux (hors concours)
  • Mélaine Legrand : Debout les morts !
  • Jonathan Millet : Les enfants du rêve
  • Vincent Mondiot : La bande du 21
  • Marine Auriol : La nuit d’Angus
  • Marion Poinsot : La mine d’or d’Eduardo
  • Marie-Christine Codarini : La jeune fille au dessin
  • Élie Darco : L’arénaire du Décalion
  • Olivier Vanderbercq : La grande purge
  • Danü Danquigny : Sapiens incertus
  • Philippe Deniel : Nouveaux alliés
  • Jean-Pierre Misset : La vie des gueux amadouée en proverbe
  • Jean-Michel Mengoli : Le tyran malgré lui
  • Thibault Bru : Héliopolis
  • Philippe Aurèle Le Roux : Atrium Miraculorum
  • Jean-Pierre Favard : L’appât
  • Kéti Touche : Chini Ya
  • Guillaume Roussel : Pendaison Haute et Cour
  • Ethel KarskenS : La valse des miracles
  • Lydie Blaizot : Le S.I.R.
  • Robert Belfiore : Un certain Mr Joly
  • Postface
  • Présentation des auteurs

Mon avis : Comme d’habitude quand je chronique une anthologie je vais les commenter au fur et à mesure de la lecture. Comme d’habitude avec les antho., il y a des textes que le lecteur va trouver plus ou moins réussis, plus ou moins à son goût.
Comme à mon habitude, je suis tenté de ne pas commenter le graphisme. Mais ici, il fait également l’objet d’un concours dont les lecteurs sont invités à être le jury. Je vais donc me fendre d’un petit laïus sur le sujet.

Toutes les illustrations ne m’ont pas plu. C’est certain. Mais je pense que certaines ont été conçues en couleur et leur rendu en N&B les dessert. Globalement, elles me plaisent et je vais avoir du mal à choisir même si certains dessinateurs ont été assez vite écartés. Plusieurs ont retenu mon attention et j’aimerais avoir l’occasion de les retrouver dans d’autres livres : Olivier Zambon, Thomas van Havermaet, Jean-Baptiste Margarit et Sylvie Tarié. Les travaux des autres m’ont beaucoup moins accroché.

Maintenant les nouvelles.

  • Pas de bagatelle pour les gueux de Gabriel Féraud est hors concours car c’est un collaborateur de la maison d’édition. Alors pourquoi l’insérer dans ce volume ? Mystère. Quoi qu’il en soit cette nouvelle est bonne, bien qu’assez classique avec cette histoire de machination qui fait appel aux membres d’une cour des miracles qui est des plus classiques. J’ai passé un bon moment de lecture.
  • J’ai un a priori contre les histoires de zombies, mais Debout les morts !, de Mélaine Legrand est intéressante. Les lancer dans le droit du travail et la grève... fallait oser et c’est réussi. Pourra-t-elle en faire un roman ?
  • Les enfants du rêve de Jonathan Millet est agréable à lire. L’histoire est intéressante, mais il manque une page pour en faire une nouvelle. Pour moi, terminée comme ça, il s’agit du début d’un roman et non d’une nouvelle à part entière. Le contrat n’est pas rempli.
  • Vincent Mondiot a eu une excellente idée avec La bande du 21. Sa nouvelle est très agréable à lire, mais je m’interroge sur la pertinence de tout un roman sur cette base. En état de cause, je ne suis pas convaincu de réussi à lire un texte plus dont les héros sont des animaux.
  • Marine Auriol part avec un handicap. En effet sa nouvelle La nuit d’Angus est clairement orientée fantasy et je n’aime pas la fantasy. Elle est bien écrite. La trame est attractive. C’est une bonne nouvelle, mais il ne faut pas compter sur moi pour lire le roman qui pourrait en sortir.
  • Marion Poinsot, vous connaissez ? La dessinatrice de bande dessinée qui a réalisé les 15 volumes du Donjon de Naheulbeuk, les 5 tomes du Survivaure et d’autres BD. Elle nous propose ici La mine d’or d’Eduardo, une nouvelle Fantasy-Western bien tournée. Ça nous promet quelques bonnes pages si un roman en est tiré, même si je ne suis pas fan de races intelligentes aussi nombreuses dans une seule histoire.
  • Avec La jeune fille au dessin Marie-Christine Codarini nous propose une immersion dans un futur peut-être pas si lointain où les grosses entreprises ont pris le contrôle au point de nous imposer notre avenir personnel. La société se trouve donc scindée en deux groupe bien distinct et isolés : Les Actifs et les inactifs. Notre héroïne fait partie des actifs ; élève dans le service formation d’une grosse boite, elle se prépare un avenir de graphiste. Mais quelque chose ne lui convient pas dans le système. Un enchaînement d’événements l’amène à la cour des miracles. Bon début de roman, je trouve ce texte beaucoup moins convaincant en tant que nouvelle.
  • Il m’a fallu du temps pour comprendre où Élie Darco voulait nous emmener avec L’arénaire du Décalion. Il s’agit en fait de la première nouvelle clairement Space-Op. du recueil. Ça nous promet un bel univers de SF qui peut aboutir à une saga des plus longues. À voir. Mais surtout, attention à ne pas trop stéréotyper les personnages au détriment d’une véritable personnalité.
  • Olivier Vanderbercq a forcément un point de retard quand je suis le lecteur : La grande purge est une histoire de zombie. Mais je la trouve plutôt réussie bien qu’ayant un petit défaut. J’ai du la lire en deux temps et, à la reprise, je ne me souvenais plus du début. J’avais beau me creuser les méninges pour retrouver de quoi les deux ou trois premières pages pouvaient bien parler. C’est l’inconvénient de présenter les situations de plusieurs points de vue. Il peut arriver que le lecteur ne fasse pas assez facilement le raccord entre les éléments pour en faire une seule histoire.
  • Un truc me gêne dans Sapiens incertus de Danü Danquigny : l’abus de termes techniques inventés que l’auteur se retrouve à devoir expliquer sous peine de perdre le lecteur. Et quand cette demi-page d’explications tombe en plein milieu de la description d’une scène de crime que le narrateur vient de découvrir seul... Ça me gène. À part cela, l’univers mis en place, d’inspiration Bladerunner ou Minority Report, est réussi et donne envie d’en reprendre.
  • La nouvelle de Philippe Deniel, Nouveaux alliés, ne m’a pas marquée. J’ai quasiment du la relire pour rédiger un petit mot sur elle. Une chose est sûre. Je ne lirai pas tout un roman écrit à la première personne du singulier et au présent.
  • Jean-Pierre Misset a eu une bonne idée avec La vie des gueux amadouée en proverbe. Faire de la Cour des miracles une société secrète façon franc-maçonnerie, fallait y penser. Mais cette nouvelle ne ressort pas du domaine des littérature de l’imaginaire. Du moins, pas de façon assez marquée. Aussi, je ne lirai pas le roman qui pourrait en sortir si jamais c’était cette nouvelle qui remportait les suffrages.
  • Jean-Michel Mengoli, avec Le tyran malgré lui, traite le thème de la prise de pouvoir par un tyran de façon originale et intéressante. Malheureusement, le style n’est pas mûr. Et l’auteur aura beaucoup de mal à en faire un roman de qualité.
  • Avec Héliopolis, Thibault Bru nous sert une petite nouvelle digne des pages les plus sombres de Serge Brussolo. Mais l’appel à texte ne prévoyait-il pas que le lauréat du vote des lecteurs pourrait faire un roman qui reprendrait l’univers et les personnages principaux de la nouvelle ? Là, ça va être difficile. Ils sont tous mort. :)
  • Atrium Miraculorum nous entraîne au cœur de l’empire romain. Du coup, Philippe Aurèle Le Roux se sent obligé de nous submerger de notes de bas de page. À sa décharge, l’auteur prévoyait des notes de fin ; l’éditeur en fait des notes de bas de pages. Quand même !!! 28 notes pour une nouvelles de 14 pages à peine, c’est abusé.Il ne faut pas prendre le lecture pour un inculte à ce point. Certaines sont utiles. Un lecture normal ne devrait-il pas savoir ce qu’est un sphinx ou un centaure ? N’apprend-on pas pendant le cours d’histoire du collège qu’un certain Hannibal a tenté de franchir les Alpes avec une troupe d’éléphants ? Je ne sais pas ce que l’auteur compte nous narrer dans un roman basé sur ce thème, mais par pitié : pas de note de bas de page !!
  • Jean-Pierre Favard nous propose, avec L’appât, un bon début de roman. Mais, pour une nouvelle, je trouve la fin maladroite. Le héros qui tombe, par vanité, dans les mains des grands méchants. Ils le libèrent, ainsi que son compagnon et l’otage qu’ils étaient venus chercher, pour... par... par vanité aussi. Je n’accroche pas à ce genre de ficelle. Il me faut pour le moins qu’y soit fixé un véritable appât.
  • Kéti Touche nous sert avec Chini Ya une nouvelle coloré extrême-orient. C’est du moins l’impression qui en ressort. Elle est réussie, mais je l’ai trouvée beaucoup trop lente. Et j’aurai peur de m’em***der en lisant un roman complet inspiré par le même contexte et les mêmes personnages.
  • La nouvelle de Guillaume Roussel, Pendaison Haute et Cour me laisse dubitatif. L’idée des tarots qui donnent un pouvoir à celui qui les possède est excellente, mais, dans le même temps, je n’ai accroché.
  • Peut-être un coup de fatigue. Je n’ai pas réussi à suivre La valse des miracles d’ Ethel Karsken. Et, du coup, je n’en ai même pas fini la lecture.
  • Lydie Blaizot nous sert avec Le S.I.R. une nouvelle de Space-Op bien ficelée, avec des personnages qui ont des caractères bien arrêtés sans être stéréotypés. De plus c’est une des rares nouvelles de ce recueil où je vois assez bien ce que l’auteure pourrait écrire comme roman dans ce contexte. Un plus pour ce concours.
  • Robert Belfiore nous sert là, un texte bien sympathique. Un certain Mr Joly est un texte bien équilibré et où l’auteur réussi à rendre l’écriture d’un gamin, narrateur et acteur de l’aventure sans tomber dans la niaiserie. Bravo. Un bon moment de lecture.

En bref : Pour une fois, voilà une anthologie dont je suis globalement satisfait. Presque toutes les nouvelles m’ont plu. Ce qui n’est pas toujours le cas. Ils sont plusieurs à mériter de remporter le prix et d’avoir l’opportunité de publier un roman sur la même base. Par contre, pour un certain nombre d’entre eux, je ne vois vraiment pas comment ils vont s’en tirer. Limiter le vote aux acheteurs du livre avec l’insertion d’un code à usage unique est une bonne idée pour lutter contre le copinage. Mais bien sûr, j’ai soupçonné, au deuxième jour du vote l’un des participants d’avoir utilisé les codes inclus dans ses 10 exemplaires auteur pour se donner une petite longueur d’avance. :) 10 vote sur 23 pour la même auteure et pour l’illustratrice de sa nouvelle. C’est louche.

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Messages

  • Merci pour cette critique complète de cette anthologie absolument passionnante.
    Toutefois, il aurait été loyal de preciser que la nouvelle de lydie blaizot, qui a été la seule a recueillir une critique formidable, etait en fait de la main de votre compagne.
    Ca rends un peu moins légitime tout cela, tant sur la forme que sur le fond ...
    Bonne continuation. Natasha Fleuret

    • Bonjour,

      Effectivement Lydie Blaizot est ma compagne. Et sa nouvelle n’aurait pas été soumise à cet appel à texte si je l’avais trouvée mauvaise car elle tient compte de mes critiques. Par contre, vous n’êtes pas la première à dire que je trouve sa nouvelle formidable. M’accuse-t-on également de parti pris quand je compare Thibault Bru à Serge Brussolo (dont vous trouverez plusieurs œuvres chroniquées ici.) ou Danü Danquigny à Philip K. Dick (1928 - 1982) ?

      Oui, il y a du parti pris dans ma chronique comme dans toute chronique qui se respecte. Je n’aime pas les histoires de zombies, la fantasy, etc... J’aime beaucoup la SF. Mais ne vous en déplaise, non, je ne pense pas que la nouvelle de mon épouse soit la meilleure.

      Cordialement.

      Denis Blaizot

  • C’est Karskens, avec un « s » à la fin. Dommage pour le manque de patience/energie/imagination (?).

    • Effectivement, avec un « S » à la fin. C’est du moins comme cela que votre nom est écrit en début de nouvelle, mais ce n’est pas le cas dans le sommaire que j’ai recopié. Je vais donc corriger.

      Pour ce qui est de ne pas adhérer à un texte, ce n’est pas une question d’imagination. Plus précisément, mon imagination n’intervient dans le processus de lecture qu’à partir du moment où je peux suivre la trame. Alors parfois, par manque de patience, mon trop plein d’énergie me fait passer à la lecture suivante avant la fin de l’histoire. C’est ce qui s’est produit avec La valse des miracles où les points de vue alternent à un rythme qui ne me convient pas. Quels sont-ils ? Caillou, Rose, le Prêtre, Tilleul, Marguerite, et j’en passe. En une page, on peut passer par quatre ou cinq séquences dont je n’ai pas perçu le lien. Et sans lien, pas d’histoire. Cette technique d’écriture est, pour moi, plus adaptée à un roman où chaque chapitre pourra raconter un bout d’histoire suffisamment conséquent pour permettre au lecteur de percevoir la trame. Dans une nouvelle comme celle-ci (une vingtaine de pages) ça déstructure complètement le récit et c’est dommage.