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Vampire malgré lui

samedi 2 novembre 2013, par Denis Blaizot

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Éditions du petit caveau (2012) - 247 pages - 12 nouvelles

Texte de présentation de l’éditeur :
Il est grand et fort, musclé à souhait. Sa beauté fait rêver, son regard ténébreux envoûte chaque femme qui le croise. Il dicte ses propres lois, règne dans l’ombre sur le monde. Il fascine autant qu’il effraie ; on redoute de croiser sa route par une nuit sans lune. Le vampire veille en secret sur le monde des mortels, séduit les masses, inflige la terreur et… Stop.

On rembobine et on recommence. Des vampires à cette image, c’est ennuyant, n’est-ce pas ? Ils ne sont pas tous des héros, des créatures dotées d’une puissance sans limite, ils ont aussi des peurs, des tics, des phobies, des faiblesses. Après tout, ils ont été humains, avant de renaître. Ces vampires malgré eux, ces antihéros, on les oublie bien trop souvent…

Alors aujourd’hui, douze auteurs ont décidé de les mettre sous les feux de la rampe !

Sommaire :

  1. Chapitre Premier, Jean-Paul Raymond
  2. Comme un cœur qui bat, Tepthida Hay
  3. Noblesse d’âme, Lydie Blaizot
  4. Neverland, Henri Bé
  5. Les Naömis, Jean Vigne
  6. Petrus, David Osmay
  7. Cuttle Feesh, Alice B. Griffin
  8. Les dents de Kitty, Patrice Verry
  9. Si tous les rois de la terre, Olivier Boile
  10. Dis-moi qui tu manges, Malaika Macumi
  11. Déchéance, Patrice Mora
  12. Mademoiselle Edwarda, Vincent Tassy

Mon avis : Je vais essayer de faire une chronique nouvelle par nouvelle.

Chapitre Premier, de Jean-Paul Raymond, m’a déçue. Si l’idée de base est excellente (un écrivain raté tente d’écrire une nouvelle originale sur les vampires), le style de l’auteur me laisse perplexe. Les passages en italique sont les tentatives d’écriture de son héros. Les caractères droits les commentaires de cet écrivain raté et la véritable histoire. Malheureusement, l’auteur n’a pas toujours su se tenir à deux styles différents. Et les maladresses de son héros se retrouvent par moment dans le style de l’écrivain. Car j’espère qu’il y a bien eu échec dans cette tentative de différencier les passages. En effet, il y a trop d’expressions mal employées, de tournures de phrases bancales, de ponctuations inappropriées et d’incises inutiles. Ce qui gâche suffisamment le plaisir pour m’avoir plusieurs fois donné envie de passer à la nouvelle suivante.

Comme un cœur qui bat, de Tepthida Hay, est une courte nouvelle qui s’inscrit dans la veine Steampunk. Intéressante sans être captivante, elle ne pêche que par quelques termes ou expressions inappropriés. Dirigeable, par exemple, aurait été sans doute bien plus à sa place que Zeppelin.

Avec Noblesse d’âme, de Lydie Blaizot, je lis enfin une nouvelle qui me convient. L’héroïne était consentante pour devenir vampire, mais elle ne l’a pas fais de gaîté de cœur. Est-ce les raisons de cette transformation qui ont modifié sont caractère ? Ou est-elle comme ça depuis bien plus longtemps ? Une chose est sûre : elle a un petit quelque chose de Carmen Cru et de Sœur Marie-Thérèse des Batignolles réunies. Et c’est un croisement réussi. Côté vocabulaire et style ; une seule petite chose à lui reprocher, mais qui m’a sauté aux yeux : les verbes redouter et douter sur la même ligne, et dans une même phrase.

Neverland, de Henri Bé, m’a elle aussi emballé. Et plus qu’un peu. Cette idée de personnes transformées involontairement en vampire à la suite d’un traitement expérimental contre une maladie grave est menée. Le style est sobre, efficace sans aucune lourdeur dans les tournures de phrases ou le choix du vocabulaire.

Les Naömis, de Jean Vigne, manque d’un petit quelque chose pour que j’adhère totalement à la narration. Je ne saurais dire pourquoi, mais je n’étais que spectateur des évènements dont sont victimes les différents protagonistes. Dommage, l’idée est intéressante.

Petrus, de David Osmay, nous entraine dans l’univers d’un chat vampire. Très bonne idée, mais pourquoi ce chat est-il noir ? Est-ce un a priori de l’auteur ? Positif ou négatif ? Et comment ce chat peut-il tuer sa victime juste en lui prélevant du sang pour se nourrir ? Si l’auteur considère que le simple fait de vampiriser une personne provoque son décès, il aurait été bon de le préciser, car, pour ma part, je trouve cela un chouïa invraisemblable... du moins, comme c’est raconté dans cette courte nouvelle.

Cuttle Feesh, de Alice B. Griffin, quoique bien écrite, ne m’a pas convaincu. Cette nouvelle de science-fiction vampirique est, au final, sans grand intérêt. Le héros, représentant d’une race extraterrestre vampire, rêve en fait de devenir un grand acteur de cinéma. Son modèle est d’ailleurs, pour le peu que l’auteur nous en dit, Clark Gable ou Humphrey Bogart. L’auteur elle-même présente sa nouvelle par cette phrase : Avec sa nouvelle, Cuttle Feesh, elle lie à la fois sa passion pour Douglas Adams et son talent incontestable pour les jeux de mots les plus vaseux de la galaxie. Moi qui ai lu les œuvres de DNA pour la première fois avant qu’elle ne sache écrire, je ne retrouve rien de cet écrivain britannique dans cette nouvelle. Et pour les jeux de mots... j’en ai pas vu... même vaseux.

Les dents de Kitty, de Patrice Verry, est une des plus réussies de cette anthologie. D’une bonne écriture, elle aborde de façon très particulière les problèmes de la perception de la différence par les enfants et des névroses qui peuvent en découler. A lire absolument.

Si tous les rois de la Terre, de Olivier Boile, me semble être une leçon d’histoire napoléonienne réussie. Justement, le nombre d’informations historiques, sur Murat en particulier, n’en font pas une histoire plaisante à mes yeux. Trop d’Histoire tue l’histoire et c’est dommage.

Dis-moi qui tu manges, de Malaika Macumi, est excellente. Elle vous prend à contre pied. Et ça fait du bien. À noter toutefois que le début de l’histoire laisserait supposer que le héros était volontaire pour devenir vampire.

Je hais les histoires de zombies et les héros avec des capacités physiques au-delà du vraisemblable (Il déchire l’acier à coup d’ongles, explose une dalle en béton à coup de poing,...) et Déchéance, de Patrice Mora, a ces deux « défauts ». Bien écrite, son narrateur est un vampire victime d’une sorte d’épidémie tout droit sortie d’un film catastrophe de série Z. Peut-être cette nouvelle a-t-elle été inspirée par la grande peur des comètes. Oui, vous savez bien. Jusqu’à il y a peu l’apparition des comètes dans le ciel était l’occasion pour un certain nombre d’hurluberlus de nous annoncer la fin du monde dans d’atroces souffrances : feux dévastateurs, épidémies, etc. Bref, cette nouvelle a tout ou presque pour me déplaire. Et c’est bien parce que je m’étais engagé à lire l’intégralité de l’anthologie que je l’ai lue dans son entier.

Mademoiselle Edwarda, de Vincent Tassy, est un transsexuel névrosé. Et là j’ai craqué. J’ai survolé une bonne partie de ces trente pages qui ne racontent, au final, pas grand chose. Le style est bon malgré un usage parfois étrange de certains mots qui ne sont pas tous dans le petit Larousse ou le Littré : albe, flave, sélénite... À noter d’ailleurs qu’il n’est pas usuel de porter un tailleur en feutre. Dans l’habillement, ce textile étant, à ma connaissance,réservé à la réalisation de chapeaux et de semelles de chaussons. Sa texture ne se prêtant pas du tout à un autre usage.

Cette anthologie ne déroge pas à la règle des trois tiers. Un tiers des nouvelles m’a vraiment plu et j’en redemande. Un deuxième tiers est plutôt agréable, mais il manque un petit quelque chose pour que je trouve ces nouvelles vraiment réussies. Et j’aurais apprécié que le tiers restant ne soit pas celui-là.

P.S. : J’avais oublié la couverture. Bien que soignée, elle ne me convainc pas du tout. En effet, je lui trouve un côté naïf qui, à mon sens, ne va pas avec le fantastique.

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CITRIQ
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