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john Flanders : Sur les chemins de la peur

samedi 15 septembre 2018, par Denis Blaizot

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Titre : Sur les chemins de la peur : Suivi par L’Engoulevent ; Les prisonniers de Morstanhill
Auteur : Jean Ray   / John Flanders
ISBN : 2843626501
Éditeur : TERRE DE BRUME (25/05/2018  )

Sommaire :

  • Sur les chemins de la peur
  • L’engoulevent
  • Les prisonniers de morstanhill

Quatrième de couverture :

Plusieurs points communs rassemblent ici les trois récits inédits qui composent ce recueil.

D’abord, même s’ils sont signés sous le pseudonyme de John Flanders, on y retrouvera la marque évidente de Jean Ray   et, c’est vainement, que l’on y cherchera les ombres d’Harry Dickson ou d’Edmund Bell...

Ensuite, le cadre de l’angoisse et de la peur demeure cette Angleterre victorienne chère à l’auteur : ces décors à la Dickens ou à la Stevenson, ces brumes épaisses et ces forêts profondes, ces notables corrompus et impitoyables face à la détresse des démunis et à la misère du siècle...

Enfin - et peut-être surtout -, c’est ce jeu des masques, des faux-semblants et de la dissimulation qui caractérise tant l’œuvre de Jean Ray  /John Flanders.

Trois textes à découvrir pour éclairer, s’il en est encore besoin, le génie du maître du fantastique...

Sous la signature de John Flanders ; Jean Ray   (1887  -1964  ), un des maîtres incontestable du fantastique, auteur d’ouvrages célèbres et connus depuis des décennies, tels Malpertuis, La Cité de l’indicible peur ou Les Contes du Whisky, a laissé dans ses archives des dizaines de textes - romans, nouvelles ; contes - que le public peut enfin bientôt découvrir dans cette nouvelle collection. « Les Inédits de Jean Ray  /John Flanders ».

Extrait de l’avant-propos :

L’auteur n’aimait guère que l’on tentât de différencier les textes jugés pour adultes de ceux destinés à la jeunesse et on peut comprendre qu’un écrivain n’aime pas déprécier lui-même une partie de son œuvre. Il affirmait par exemple que L’île Noire (Het Zwarte Eiland) comptait parmi ses meilleurs textes. Il est vrai que ce roman peut rivaliser avec nombre de récits d’aventures classiques tels que Croc-Blanc, L’île au trésor, Moby Dick ou les adaptations de Gulliver et de Robinson Crusoé. Malpertuis et La Cité de l’indicible peur s’adressent effectivement à des lecteurs avertis, Geierstein, Jack-de-Minuit et autres Monstre de Borough ainsi que le présent Engoulevent peuvent certainement tenter un plus large public.

En fait, une réelle frontière entre « pour adultes » ou « pour la. jeunesse » ne peut être tracée et sera toujours arbitraire puisque la formation, l’intérêt ou le goût de chacun est en fait plus déterminant que l’âge dans le choix de ses lectures. Peut-on vraiment classer dans l’un ou l’autre lectorat potentiel les œuvres de Jack London, Jules Verne  , Saint-Exupéry, Roald Dahl, Charles Dickens, Henri Bosco ou Lewis Carroll ? Il est inutile de souligner qu’on peut fort bien apprécier les bandes dessinées de qualité et aimer non seulement Tintin, mais aussi Gaston Lagaffe et Achille Talon de 7 à 77 ans ! Tout en dissociant nettement par exemple « Maus » (de Art Spiegelman) des aventures des Schtroumps, ou de Boule et Bill.

Laissons donc chaque lecteur décider librement de ce qu’il peut ou veut apprécier, du moment qu’il soit suffisamment informé de ce qui est à sa disposition...

Mons avis : Je ne peux que remercier les éditions Terre de Brume de publier des textes de Jean Ray   / John Flanders qui, à défaut d’être totalement inédits en français, sont quasi inaccessibles car diffusés par l’amicale Jean Ray. Et là, les frais de port pour les recevoir en France métropolitaine refroidissent l’enthousiasme(le système aurait-il changé ? J’y retourne aujourd’hui et il me semble comprendre que les frais de port sont inclus. À vérifier.).

J’attends donc avec impatience le prochain discrètement annoncé en début d’ouvrage au milieu des titres des autres volumes de Jean Ray   publiés par le même éditeur ou les éditions Alma. Son titre ? À travers les mers du Globe. Date de parution prévue : inconnue. Sera-ce un véritable inédit ? Bonne question. En effet, le volume Jack de Minuit n’en était pas un. Alors celui-là reprendra-t-il des nouvelles rares de Jean Ray  , ou des textes non disponibles en français en librairie ? Mais je m’éloigne de mon sujet : le présent recueil.

Sur les chemins de la peur n’est le texte le plus conséquent de volume. La palme en revient à L’engoulevent qui aurait pu former un petit volume à lui tout seul. Mais dans ce cas les deux autres, qui ne représentent que 25% de l’ensemble auraient très certainement laissés pour compte. Mais cette séparation se serait d’autant plus justifiée que le court roman est une aventure à la Harry Dickson (qui est d’ailleurs cité par l’un des protagonistes et se déroule dans les années 30, alors que les deux nouvelles qui l’encadrent se roulent un ou deux siècles plus tôt et mettent en scène corsaires, enfants et autre pêcheur démunis.

Il n’y a que sur un point que cette lecture m’a fâché : le nombre de coquilles. Fautes d’orthographe ou de typo (en particulier les tirets de dialogue en trop ou manquant). Le nom du héros, Bradfield, remplacé par un autre, bradford, que l’on retrouve dans le texte puisque c’est le nom d’une ville traversée par les personnages. Je dois aussi citer un verbe qui doit être d’usage local, puisque introuvable sur internet : Chuir. Il semble que ce terme désigne des bruits émis par des animaux nocturnes volants. Mais quand vous tombez sur « Des nocturnes chuissent » au détour d’une phrase, ça surprend. Je me permets donc de faire une suggestion, qui n’aura sans doute aucune suite, à l’éditeur : me faire parvenir une copie du prochain avant de l’envoyer à l’impression. Je ne corrigerais peut-être tout, mais je promets de faire le plus attention possible et d’être rapide.

En bref : Les deux nouvelles, avec leur ambiance très sombre, méritent toute votre attention si vous aimez le fantastique, non pour ces monstres ou l’hémoglobine mais pour l’atmosphère, l’angoisse que Jean Ray   savait si bien rendre. Le court roman peut être un bon moyen de découvrir les enquêtes de Harry Dickson ou d’Edmond Bell par le biais d’un autre personnage, mais le style et l’ambiance y sont. Donc, en substance, c’est dommage qu’il n’y ait qu’un volume. J’en redemande.

’Pour vous mettre dans l’ambiance : La vieille enseigne de fer battu de l’auberge du « Gui d’argent » grinçait éperdument dans le vent, comme si elle avait voulu se trouver, elle aussi, à l’intérieur, auprès du grand feu de bois sec, et prendre sa part des hautes chopes d’ale mousseuse et des lourds plats d’étain chargés de larges tranches de mouton, de bœuf grillé et de fromage. (Premier paragraphe de Les prisonniers de morstanhill)

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