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Jean Ray : Le carrousel des maléfices

vendredi 9 octobre 2015, par Denis Blaizot

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Quatrième de couverture :

À l’image de ces carrousels tourbillonnants, de ces rudes chevaux de bois bridés de pourpre et d’or, refuge de rêves éphémères, tels ces manèges qui brinquebalent et cliquettent dans le halo venteux des Flandres, Jean Ray dispose une ronde fantastique de sortilèges, une sarabande nourrie de mystère et d’épouvante, une succession de rythmes effrénés, de tumultes et de fureurs où se distinguent, de loin en loin, les falotes lueurs de songes enfouis et les plaisirs badins de l’enfance.

Ce recueil contient :

  1. Mathématiques supérieures
  2. La Tête de monsieur Ramberger
  3. Bonjour, Mr. Jones !
  4. Histoires drôles
  5. Têtes-de-Lune
  6. Le Banc et la porte
  7. Croquemitaine n’est plus...
  8. Puzzle
  9. L’Envoyée du retour
  10. La Sortie de l’araignée
  11. Le Beau dimanche
  12. Le « Tessaract »
  13. La Sorcière
  14. Les Gens célèbres de Tudor street
  15. Trois petites vieilles sur un banc
  16. La Conjuration du lundi
  17. Un tour de cochon
  18. Smith..., comme tout le monde...
  19. Le Formidable secret du Pôle

Mon avis : J’aime tellement les œuvres de Jean Ray [1] que je suis tenté de résumer ma chronique à lisez ! lisez ! lisez tout ce que vous trouverez de cet excellent écrivain belge.

Mais cette sorte d’injonction risque de ne pas atteindre l’objectif souhaité : vous faire découvrir un grand écrivain de l’imaginaire.

D’ailleurs, en préparant cette chronique, je suis tombé par hasard sur un avis négatif. À la lecture de cette chronique, j’en viens à penser qu’il faut peut-être commencer par un petit rappel sur ce qu’est le fantastique.

Non, le récit fantastique n’est pas obligatoirement un récit qui fait peur avec des monstres sanguinaires à tous les coins de pages. Il n’a même pas l’obligation de faire frissonner à tous les coups. Il y a bien sûr ces films qu’il ne faut pas aller voir seul la nuit sous peine de ne plus pouvoir rentrer chez soi étant devenu incapable de passer devant ces portes cochères bien sombres dont il sort toujours un bruit inattendu et non reconnaissable. Il y a ces livres à ne pas lire par une nuit d’orage et de grand vent dans une maison perdue au fond de la forêt. Mais ces récits n’ont pas besoin d’être fantastiques. Ils peuvent être tout simplement de bons polars, de bons thrillers. Le récit fantastique ne se défini même pas par la peur qu’il génère, mais par l’étrangeté des situations ou des personnages présentés. Et sur ce créneau, Jean Ray excelle. Il y a des nouvelles — car c’était un grand auteur de nouvelles — qui dérangent par le personnages déments ou par les lieux étranges visités. Certaines sont noires, voire très noires, d’autres grises... d’un gris plus ou moins soutenu. C’est ce fantastique-là que j’aime et que je veux lire.

Dans cette même chronique négative, Il n’y a pas que l’absence d’horreur dans le textes de Jean Ray de critiquée, mais aussi une prétendue obsession pour les médecins déments et sanguinaires. Je sais bien que j’ai lu ce recueil pour la première fois il y a une trentaine d’années, mais je n’ai pas souvenance d’une quelconque obsession contre les médecins... dans aucuns de ses livres. Aurait-on modifié le contenu de ce volume lors de sa réédition ? Ou l’auteur de la chronique incriminée a-t-elle lu de travers ? Je penche pour la deuxième proposition. Alors si, comme elle, vous confondez horreur et fantastique et/ou refusez qu’une nouvelle ou deux ait comme personnage central un médecin fou... passez votre chemin. Ce livre n’est pas pour vous.

Maintenant passons à la chronique des nouvelles... une par une :

  • Comme le titre de Mathématiques supérieures le laisse supposer, le thème de cette nouvelle est mathématique. Tout tourne autour d’un mathématicien et de sa découverte d’une formule pour passer dans un monde parallèle. Cette nouvelle est indéniablement fantastique, mais les morts racontées dans ce récit ne font pas frissonner.
  • La Tête de monsieur Ramberger est celle d’un physiologiste (certains utiliseraient à tort le terme « médecin ») devenu dément à force de vouloir faire la démonstration de sa théorie, allant jusqu’à ce faire condamné à mort.
  • Bonjour, Mr. Jones ! Vous êtes le diable n’est-ce pas ? Quoique. J’ai un doute. Ce récit est très agréable à lire, mais son côté fantastique est très léger.
  • Ces Histoires drôles ne m’ont pas fait rire. Par contre, elle sont d’un loufoque assez prononcé qui est agréable.
  • Têtes-de-Lune est un vrai conte fantastique et glauque. Avec des assassinats par noyade au bord d’un canal. Très bon texte.
  • Le Banc et la porte est ouvertement fantastique. Le héros est un médecin (hé oui !) qui, dans sa jeunesse a assassiné une petite fille dans un parc et laissé condamné le gardien à sa place. Mais son passé le rattrape. — Bon d’accord, voilà une nouvelle avec un médecin, mais je pense vraiment que l’auteur a choisi cette profession comme il en aurait choisi une autre. Et ça le change des coutumiers, mariniers, clercs de notaire, malfrats et autres rentiers.
  • Croquemitaine n’est plus... Est-ce si certain ? Voilà une nouvelle à ne pas lire dans une vieille maison, auprès d’un feu qui crépite dans la cheminée, par une nuit de tempête. Bref, du vrai fantastique.
  • Tiens ! Une histoire de savant fou. Dans Puzzle un physiologiste découvre le moyen de séparer les organes d’un être vivant sans qu’ils cessent de vivre. Intéressant.
  • Qui est ce M. Jones ? Est-ce le même que celui de la deuxième nouvelle de ce recueil ? Une chose est certaine : il est bien content de recevoir L’Envoyée du retour et de pouvoir rentrer chez lui.
  • La Sortie de l’araignée est une suite de petites historiettes qui m’ont fait penser aux Fables fantastiques de Ambrose Bierce.
  • Le Beau dimanche que passe M. Rocamir à pourrir la vie de ses voisins grâce à son invisibilité. C’est gentil, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard.
  • Dans Le « Tessaract », le héros est un mathématicien déchu qui, sur ses vieux jours, découvre dans son jardin un objet qui lui rappelle des travaux et des entretiens menés dans sa jeunesse. Cet objet ne semble pas lui porter chance.
  • La Sorcière avait besoin d’un assistant un peu naïf pour voler un trésor au Sabbat. C’est un jeune médecin trop curieux qui sera la victime/complice de ce « cambriolage ».
  • Les Gens célèbres de Tudor street sont des petites gens qui ont le malheur de ressembler à des personnages historiques. Une richissime excentrique les fait assassiner puis empailler pour ce constituer un musée... Très glauque, mais excellemment raconté.
  • les Trois petites vieilles sur un banc sont une image des trois parques qui font et défont le fils de la vie. Du grand art.
  • La Conjuration du lundi Est une très bonne histoire de fou. À lire, à n’en pas douter... Tiens ! Encore une histoire de médecin. Mais il est la victime.
  • Un tour de cochon ou comment échanger sa place en enfer. Très bien.
  • Smith..., comme tout le monde... connais la démonstration de la quadrature du cercle... mais cela ne peut pas plaire à tout le monde. Et la mort viendra faire taire d’une manière spectaculaire le découvreur importun.
  • Le Formidable secret du Pôle est présenté par l’éditeur comme un court roman. Avec ses 70 pages, j’appellerais plutôt ça une longue nouvelle. Mais tergiverser sur cette question n’apporte rien au texte. Ce qu’il est intéressant de savoir, c’est qu’il a été remanié et augmenté par Michel Jansen pour en faire le roman La porte sous les eaux. Avec ses manuscrits mystérieux, ses amis disparus dans des lieux lointains, ses héros adolescents, cette nouvelle pourrait être classée aventure/jeunesse si Jean Ray ne donnait pas la narration un côté fantastique suffisamment marqué. Elle est indéniablement orientée fantastique, mais ne vous y trompez pas : elle n’est pas à classer gore ou horreur. Au fait l’un des héros est prof de math...

En bref : Je ne voulais pas faire une critique qui présente chaque nouvelle l’une après l’autre. Mais après avoir découvert une critique négative insistant sur le nombre de texte ayant comme héros un médecin, j’ai voulu être exhaustif sur ce point. Comme vous avez pu le constater, cette profession n’est pas beaucoup plus présente que d’autres. Jean Ray n’a pas écrit d’histoire d’horreur ou gore. Il n’écrit que du fantastique mais du bon et je ne peux que vous encourager à le lire...
Et vous avez le choix des titres.

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CITRIQ
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[1Alias John Flanders, de son vrai nom Jean Raymond Marie de Kremer