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Utopiales 2010

lundi 10 mars 2014, par Denis Blaizot

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Éditions ActuSF
Parution : novembre 2010
Nombre de pages : 222
ISBN : 978-2-917689-27-1
Présentation de l’éditeur :

La frontière nous attire. Qu’elle soit dans l’espace ou en nous, elle est le lieu de tous les fantasmes et de toutes les aventures. Le lieu de tous les possibles. Huit auteurs, cinq Anglo-saxons, un Suisse, un Espagnol et un Français se sont aventurés dans les marges pour explorer les frontières entre le possible et l’impossible, là où la réalité devient incertaine. L’anthologie officielle des Utopiales vous propose de passer de l’autre côté...

Sommaire :

  1. Miroirs du ciel de Vincent Gessler
  2. La Chose de Peter Watts
  3. La Fête de la comète de Juan Miguel Aguilera
  4. Reviens, Carol ! de Larry Niven
  5. Le Vieux cosmonaute et l’ouvrier du bâtiment rêvent de Mars de Ian McDonald
  6. La Ville féminicide de Thomas Day
  7. Le Chasseur de jaguar de Lucius Shepard
  8. Les Rivages extrêmes de la mer intérieure de Justine Niogret

Mon avis : Voilà qui n’est pas coutume, et espérons que ce soit de bonne augure : J’ai apprécié la courte préface. Pierre Bordage y aborde un point important. Pourquoi toujours chercher à coller des étiquettes à une œuvre ; la placer dans une case. Science-Fiction ou Fantastique ou Fantasy. Mais chacun de ces genres est redécoupé en cellules plus petites. Steampunk, cyberpunk, Bit-lit, Urban fantasy, Space Op.... Stop. à ce jeu là nous allons finir avec une case par bouquin comme dans les élevages industriels. Est-ce que cela apporte un plus à ce domaine de la littérature ? Non. Alors lisons. Nous verrons bien si ces textes nous plaisent.

J’ai trouvé Miroirs du ciel de Vincent Gessler vraiment très réussie. En cherchant bien je pourrait sans doute lui reprocher une faute de français ou deux, mais je n’en ferais rien. Cette histoire de guérilla entre les autochtones d’une planète lointaine et les colons terriens m’a fait pensé aux œuvres de Mike Resnick influencée par les univers irréaliste des meilleurs Serge Brussolo. En effet, l’auteur y décrit des lacs de mercure occupés par une faune surprenante. Un vrai régal. Je vais tenté de trouver d’autres textes de cet écrivain suisse à lire.

Avec La Chose, Peter Watts nous propose une nouvelle approche de la nouvelle de John W. Campbell : La Bête d’un autre monde (Who goes there ?). Adaptée plusieurs fois au cinéma (dont le très réussi The thing de John Carpenter), elle nous compte la rencontre d’un groupe d’humains installés dans les régions polaires avec une créature extraterrestre polymorphe retrouvée dans la glace. Ici l’auteur nous narre l’autre point de vue : celui de la créature. Quelles sont ses pensées, sa compréhension des événements et des être humains. Une petite merveille.

Je suis nettement moins enthousiasmé par La Fête de la comète de Juan Miguel Aguilera. Cette nouvelle, bien écrite, d’une vingtaine de pages, se déroule dans le Berlin de l’entre-deux-guerres, alors que le nazisme pointe le bout de son nez. Est-ce une uchronie, de la science-fiction, du fantastique ? Peut-être un peu de cette dernière. La première moitié sert à nous imprégner du contexte, mais n’apporte rien à la narration. Et la deuxième moitié est la description d’un duel entre deux étudiants de milieux totalement opposés. Le tout saupoudré d’un de fantastique dans les descriptions. En bref, j’aurais pu me passer de cette lecture. Elle ne me donne en tout cas, aucune envie de lire autre chose de cet écrivain.

Bien que le connaissant de nom, je découvre Larry Niven avec Reviens, Carol !. Et c’est une bonne découverte. Cette nouvelle est visiblement inspirée par le roman d’Alfred Bester Terminus les étoiles. Mais ce n’est pas un texte de plus dans lequel la téléportation est un moyen. Non, La téléportation est au centre de la nouvelle avec une préoccupation très terre à terre : que ce passe-t-il si une personne se téléporte avec une grosse variation d’énergie cinétique, différence d’altitude ou de vitesse importante ? Une interrogation très matérialiste et qui aurait une grande importance si la téléportation telle qu’elle est pratiquée dans cette nouvelle ou le roman d’Alfred Bester était découverte. Ne vous y trompez pas. Ce n’est pas une préoccupation de scientifique qui gâchera votre plaisir de lecteur. Je tenterai de lire d’autres titres de cet écrivain.

Sous prétexte de réalités alternatives induites, d’après l’auteur, par les théories de la mécanique quantique, Ian McDonald nous sert, avec Le Vieux cosmonaute et l’ouvrier du bâtiment rêvent de Mars un brouet que j’ai trouvé indigeste. Imaginez un repas pendant lequel vous sont servis en alternance, des plats russes et indiens (les origines respectives des deux principaux protagonistes). Les différents éléments narratifs vous sont servis sans continuité ni lien entre les deux points de vue, jusqu’au moment où les deux se mêlent... quelques instants. avant la soupe froide qu’est la conclusion. Cet auteur écrit bien. Les phrases sont bien construites, les paragraphes sont agréables à lire, mais l’histoire m’a déçu. C’est décousu. Pour rester dans l’analogie gastronomique, nous avons à faire, dans cette nouvelle, à un chef cuistot qui sait cuisiner mais pas établir un menu. Je n’y reviendrai pas [1].

La Ville féminicide de Thomas Day, est noire, trop noire à mon goût. Plus embêtant pour une nouvelle d’une douzaine de pages, j’ai trouvé la mise en place trop lente, beaucoup trop lente. Pendant les huit premières pages, je n’ai pas vu le lien entre cette voix off qui nous parle des massacres rituels de la culture aztèque et les « aventures » de cet américain, malade mental ultra-violent d’origine russe, en visite à Juarez, ville frontière mexicaine. Désolé, mais elle ne m’a pas donné envie de lire autre chose de cet écrivain français [2].

Le Chasseur de jaguar de Lucius Shepard est un vrai régal. Du grand art, à un ou deux petits défaut prés. En effet, notre héros se retrouve en train d’écailler du maquereaux. Il est impossible d’écailler ce poisson . Peut-être une erreur de traduction. J’ai retrouvé avec cette nouvelle l’un des textes qui m’avait fait l’apprécier quand j’étais étudiant.

Le choix narratif de Justine Niogret ne m’a pas plu. Le lecteur reste extérieur à l’histoire comme dans un documentaire. Le héros fait ci, le héros pense ça. Mais rien n’entraîne le lecteur dans l’histoire. Je pense donc que Les Rivages extrêmes de la mer intérieure sera la seule nouvelle que je lirai de cette auteure.

En bref : Comme pour Utopiales 2009, mon avis est très partagé. Il y a du bon et du ... moins bon :-) Certains textes m’ont beaucoup plus (Shepard, par exemple) et d’autres m’ont déçu (Niogret par exemple). C’est ce genre de situation qui me fait toujours hésiter à acheter des anthologies ou des revues dans lesquelles j’ai l’opportunité de découvrir des écrivains qui m’étaient inconnus jusque là. Il y a tellement de livres que je n’ai pas encore lus d’écrivains que je connais et avec qui je suis certain d’êtres satisfait.

Il me reste encore les années 2011, 2012 et 2013 des Utopiales à lire. Je verrai bien si je reste sur cette position ou pas.

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[1En fait, si. Il aura droit à une deuxième chance puisqu’il est présent dans Utopiales 2013 sagement en attente de lecture dans ma bibliothèque.

[2En fait, il aura droit à une deuxième chance puisqu’il est présent dans Utopiales 2013 sagement en attente de lecture dans ma bibliothèque. ;-)