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Peter Watts : Au-delà du gouffre

mardi 30 janvier 2018, par Denis Blaizot

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Au-delà du gouffre
Peter Watts
ISBN : 2843449057
Éditeur : LE BÉLIAL’
(14/11/2016)

Quatrième de couverture :

Nous sommes les hommes des cavernes. Nous sommes les Anciens, les Progéniteurs, les singes qui érigent vos charpentes d’acier. Nous tissons vos toiles, construisons vos portails magiques, enfilons le chas de l’aiguille à soixante mille kilomètres/seconde. Pas question d’arrêter, ni même d’oser ralentir, de peur que la lumière de votre venue ne nous réduise en plasma. Tout cela pour que vous puissiez sauter d’une étoile à la suivante sans vous salir les pieds dans ces interstices de néant infinis…

Sommaire :

  • Les choses
  • Le Malak
  • Ambassadeur
  • Nimbus
  • Le Second Avènement de Jasmine Fitzgerald
  • L’Île
  • Éclat
  • Géantes
  • Un mot pour les païens
  • Chair faite parole
  • Les Yeux de Dieu
  • Hillcrest contre Velikovski
  • Éphémère (avec Derryl MURPHY)
  • Le Colonel
  • Une niche
  • Maison
  • En route vers la dystopie avec l’optimiste en colère, par Peter WATTS  
  • Dieu et les machines : les nouvelles de Peter Watts  , par Jonathan CROWE
  • Bibliographie, par Alain SPRAUEL

Mon avis : J’ai découvert Peter Watts   par deux nouvelles publiées dans Utopiales 2010 et Utopiales 2013. Et sans surprise, je redécouvre ces deux textes ici. Je ne m’attarderais donc pas dans cette chronique sur Les choses (qui gagne un pluriel à cette réédition) et Nimbus.

La deuxième nouvelle, Malak traite de l’IA dont est équipé un drone de combat. Mais est-il possible de donner une intelligence à une machine en lui refusant le libre arbitre ? Là est la question. Cette nouvelle est intéressante, bien menée, mais, malgré ses seulement 15 pages, m’a paru longue. Je pense que c’est lié au mode narratif qui n’est pas très dynamique... embêtant pour une machine capable de se déplacer à grande vitesse. :)

J’avais oublié de parler de Ambassadeur où il est également question de machine de guerre rendue intelligente. Là, on ne sait pas s’il s’agit d’une IA ou d’un humain modifié pour être pleinement adapté à sa machine. Quoi qu’il en soit, pris en chasse par un ennemi bien mieux équipé que lui, ils finissent lui et l’autre dans les griffes d’entités bien plus puissantes. Intéressante, mais sans plus. Il est vrai que cette entité humaine pourchassée et sauvée in extrémis par une entité plus puissante et qui du coup est convaincue qu’elle forcément encore plus belliqueuse est loin de me convaincre.

Le Second Avènement de Jasmine Fitzgerald est inspirée par les théories de la mécaniques quantiques. Et si nous pouvions réécrire le monde, comme on le fait d’un programme informatique ? On fait parfois des erreurs. Et ces erreurs peuvent vous conduire en prison. Tant pis, il suffira de réécrire aussi cette partie du programme. Cette nouvelle est rafraichissante. et ne peut que plaire à quelqu’un qui, comme moi, aime la physique théorique.

L’île est un vaisseau spatial très particulier. Parti à travers l’espace pour construire un système de transport basé" sur des trous de ver, il embarque quelques humains. Mais longtemps, très longtemps après leur départ, il rencontre une forme de vie très particulière. C’est l’occasion pour l’héroïne (la narratrice) de se poser des questions existentielles. Je l’aurais trouvée parfaite si la fin ne m’avais donné l’impression d’être bâclée.

Et j’ai été surpris de découvrir en me lançant dans la lecture de Éclat, qu’elle était la pré-quel de la précédente. Pourquoi les avoir mise dans cet ordre ? En effet, on y découvre Sunday, l’héroïne de la nouvelle précédente, avant son départ du système solaire. Elle se pose visiblement déjà beaucoup de questions sur le sens de la vie.

Nous restons dans le même univers space-op avec Géantes. Là, une petite erreur de pilotage met le vaisseau en grand danger. Comment les deux seuls humains éveillés à bord vont-ils pouvoir sauver la situation ? À vous de lire. Je note donc que ces trois nouvelles pourraient plus logiquement se lire dans l’ordre 2-3-1. Pourquoi l’éditeur a-t-il fait le choix de placer L’île en premier ? Bref, c’est Éclat qui a ma préférence, mais il serait intéressant que Peter Watts   en écrive quelques autres sur ce thème.

Avec Un mot pour les païens, Chair faite parole et Les Yeux de Dieu, l’auteur nous offre un triptyque métaphysique sur Dieu et la vie après la mort. Dans la première, Peter imagine une civilisation où la communion avec Dieu peut se faire grâce à des machines et où Dieu est perçu comme un champ (à l’image du champ magnétique) et où l’ablation d’une partie du cerveau vous coupe de la parole divine.

Mais dans Chair faite parole, un homme cherche désespérément à capter les derniers instants de la vie pour comprendre comment se fait le passage de vie à trépas. Pendant que d’autres mettent au point des machines de plus en plus sophistiquées pour simuler la vie.

Les Yeux de Dieu pourrait être le nom de ce système de contrôle décrit dans cette nouvelle où grâce un système électronique complexe, on fait passer les personnes sous un portique non plus pour révéler les objets qu’elles portent sur elles, mais leur état d’esprit, leur motivation, arrêtant nette toute intention belliqueuse.

Hillcrest contre Velikovski aborde le sujet épineux de l’effet placebo. Peut-on reprocher à quelqu’un d’avoir démontrer l’effet placebo d’un talisman ou d’un médicament ?

Éphémère est la vie d’une IA qui a des relations difficiles avec le monde des humains, beaucoup trop lents à son goût, pris qu’ils sont dans la mélasse d’un monde matériel. Mais cette IA n’est en fait qu’un programme informatique conçue pour mourir de vieillesse. Elle ne gagne donc rien à vivre dans les méandres d’un système informatique complexe dont l’arrêt peut être ordonné à tous moments. Cette nouvelle est intéressante mais pas passionnante.

Le Colonel est une nouvelle étrange par sa structure et son contenu. 30 pages qui m’ont donné le sentiment d’être les éléments de base d’un roman qui pourrait être passionnant. Mais en l’état, c’’est une nouvelle qui m’a paru brouillonne, fouillis. Alors, si j’ai bien compris, nous avons, pèle-mêle : un message supposé d’un vaisseau spatial perdu depuis vingt ans, des extraterrestres bienveillants, les humains qui vivent en ruches et d’autres qui ont transféré leurs psychés dans un système informatique complexe et un dialogue difficile entre un colonel qui voit toujours le mauvais côté des choses et une tierce personne qui essaie de le convaincre du contraire. Mouais ! Elle m’a tellement peu inspiré qu’il m’a fallu presque une semaine pour la lire :-)

Une niche étant encore plus longue que la précédente, je m’attendais au pire. Hé bien non ! Je l’ai lu d’une traite. Elle très agréable et dynamique. Son approche de l’adaptation de l’être humain à des conditions de vie extrêmes est intéressante. Encore une fois les héroïnes se cherchent, mais il n’y a rien de négatif là-dedans. Simplement une remarque sur le fait qu’on se trompe parfois sur ses propres motivations.

Maison est la suite logique de la précédente. Quand vous les lisez l’une après l’autre, il n’ y a pas de mystère sur l’identité de la créature décrite. Oh bien sûr, vous ne connaissez pas son nom, vous comprenez vite que la créature dont il est question est un être humain modifié pour vivre dans l’océan à grande profondeur. Je n’en dirais pas plus, si ce n’est que cette nouvelle, triste, mélancolique, se lit d’une traite et j’ai regretté qu’elle soit la dernière.

Les nouvelles s’arrêtent là. Viennent ensuite, deux textes, dont le premier est de Peter Watts  , sur l’auteur et ses récits, souvent considérés comme déprimants. Certains allant jusqu’à soupçonner l’auteur d’être misanthrope. Ceux-là oublient certainement qu’on ne peut pas ne raconter que des histoires façon « la mélodie du bonheur » et que même dans « la petite maison dans la prairie » tout n’est pas rose. Et que ce sont souvent ces épisodes sombres de la vie des héros qui racontent l’histoire la plus forte.

En bref : Je confirme mon attrait pour l’œuvre de Peter Watts  , et vous conseille de vous pencher sur celle-ci si vous ne la connaissez déjà.

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