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John Munro : Voyage vers Venus

dimanche 12 novembre 2017, par Denis Blaizot

Titre original : A trip to Venus
Auteur : John H. Munro (1849  -1930)
Langue originale : Anglais
Publié en 1897   par Jarrold & Sons, London
Traduction de Denis Blaizot pour l’ensemble du roman à l’exception du premier chapitre.

Le premier chapitre a d’abord fait l’objet d’une publication sous forme de nouvelle dans Cassell’s Family Magazine de mars 1894  , dont une traduction a été publiée en quatre partie dans les numéros de décembre 1897   de La Science Illustrée (quatre premiers fascicules du volume XXI de la revue). Elle portait la signature de C. Paulon, pseudonyme de Paul Combes. Les illustrations sont d’ailleurs de la même personne : Paul Hardy.

Pourquoi ai-je entrepris cette traduction ? Pour tenter de lever le brouillard qui entoure cette nouvelle sur internet. En effet, Un message de la planète Mars est très souvent présentée comme une nouvelle de SF française, au point que Brian Stableford en propose une traduction dans une anthologie de la science-fiction française parue en 2011   [1] . C’est quand même fort : traduire en anglais la traduction française d’un texte écrit initialement en anglais.

Synopsis :

À la lecture d’un article de presse, le narrateur rend visite à son ami le professeur Gazen, astronome réputé, pour l’entretenir d’une possible communication avec une éventuelle civilisation martienne.

Suite à cet entretien, ils rencontrent le Professeur Carmichael qui a mis au point une machine permettant de se déplacer dans l’espace. Pour un premier essai, les voilà partis, le narrateur, Gazen, l’inventeur et sa fille, à la découverte de Vénus qui leur parait d’un accès plus aisé.

Ils découvrent alors les habitants pacifiques de Vénus, puis la vie sauvage et dangereuse de Mercure.

Sommaire :

  1. Un message de la planète Mars
  2. Comment pouvons-nous nous rendre sur les autres planètes ?
  3. Une nouvelle force
  4. Le planétaire électrique
  5. Départ de la Terre
  6. Dans l’espace
  7. Arrivée sur Vénus
  8. Le pays du cratère
  9. La fleur de l’âme
  10. Alumion
  11. Le singe volant
  12. Ô Soleil !
  13. Home again !

Disponible sur lulu.com
Extraits :

« Monsieur,
« J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article sur la possibilité de voyager vers les autres corps du système solaire. C’est un problème auquel j’ai moi-même travaillé pendant de nombreuses années, et je crois que j’ai maintenant découvert un moyen de le résoudre d’une manière pratique. Si vous voulez bien voir mes expériences, et me faire l’honneur de venir ici, je serai heureux de vous les montrer en toute confiance à tout moment qui vous convienne. — Cordialement,
Nasmyth Carmichael. »
La lettre ci-dessus, avec la mention « Privé », m’était transmise par l’intermédiaire du rédacteur en chef du Jour d’après-demain. L’auteur était pour moi un parfait inconnu, et au début, je ne savais pas quoi faire. Cet homme était-il un charlatan, ou un excentrique ? Il n’y en avait aucun signe dans ses phrases franches et simples. Avait-il réellement trouvé un moyen de traverser les espaces célestes ? De nos jours, il vaut mieux ne pas être trop sceptique quant à ce que la science permet d’accomplir. Il est, en effet, sage de garder l’esprit ouvert et suspendre son jugement. Nous sommes aux limites de l’inconnu, et à toute heure la lumière de notre intelligence peut pénétrer l’obscurité, et révéler à nos yeux les secrets des mécanismes internes de la nature.
« Essayez de parler — c’est un bon compagnon — Ouvrez les yeux. »
J’entendais les mots comme dans un rêve. Je reconnus la voix de Gazen, mais elle semblait venir d’une grande distance. En ouvrant les yeux, je me découvris prostré sur le sol du fumoir, avec le professeur et Mlle Carmichael à genoux à côté de moi, un air de grande inquiétude sur leurs visages.
« Je vais bien », dis-je faiblement. « Je suis tellement heureux que vous soyez en sécurité. »
Un homme à la mine digne et vénérable sortit de la foule et, suivi par un cortège de jeunes hommes et de jeunes filles, portant chacun un vase ou un plateau de fruits et de fleurs, se dirigea vers l’engin. Alors qu’il en était encore à dix ou douze pas, il s’arrêta et salua Gazen et moi-même en levant les mains en l’air avec élégance, et baissant la tête. Après que nous ayons répondu à son salut avec respect, il s’adressa à nous, parlant avec facilité, et révérence, pour ne pas dire d’un ton humble ; mais ses paroles, nous étant incompréhensibles, nous ne pouvions que secouer la tête avec un sourire perplexe, et répondre en anglais que nous ne comprenions pas. Sur ce, un air de doute et d’interrogation passa sur son visage et, pointant d’abord l’engin, puis le ciel, il semblait nous demander si nous n’étions pas descendus des nuages. Nous acquiesçâmes, et l’astronome, indiquant la Terre, qui alors brillait à l’est comme une belle étoile verte, s’efforça de lui faire comprendre par des signes que nous étions venus de là.
« Mais », déclara Gazen, « ne serait-il pas plus sûr de tester le caractère de ces gens d’abord, ici, dans cette région ? »
« Ce ne sont pas des sauvages », répondit Carmichael. « Ils sont civilisés ou demi-civilisés, sinon comment auraient-ils pu construire une si belle ville ? Si nous devions voir des signes d’hostilité de leur part, cependant, l’engin est blindé et nous protégera — nous avons des armes et pouvons nous défendre — et, d’ailleurs, nous pouvons redécoller, et filer loin d’eux. »
Nous décidâmes d’avancer, mais Gazen et moi avions pris la précaution de sortir nos revolvers.
L’énorme disque solaire, rouge et brillant, glissa pour se reposer dans un lit de nuages violets sur le sommet des montagnes teintes de rose, et remplit toute la verte prairie avec une lumière ambrée. Les tours fantastiques et les arbres de la ville lointaine au bord du lac brillait dans son doux éclat ; l’île solitaire nageait dans un flot d’or, et l’édifice pittoresque dont elle est couronnée brillait d’un éclat insupportable. Comme l’étrange crépuscule s’achevait à l’ouest, et que de légères brumes grises commençaient à voiler cette scène bizarre, nous réalisâmes pleinement que nous étions tout seuls et sans amis dans un monde inconnu, et un sentiment profond d’exil prit possession de nos âmes.
La nuit tombait, et des myriades de lumières brillaient dans l’ombre, certaines voletant comme des lucioles, d’autres à l’arrêt, tandis qu’un bourdonnement de voix nombreuses montait à nos oreilles. Les lumières nous montraient que nous filions sur la ville, et les voix nous disaient que notre arrivée était à l’origine d’une grande agitation. À ce moment, nous flottions au-dessus d’un grand espace ouvert ou d’une place, éclairé par des lanternes de couleur, et évidemment orné d’arbres, de fontaines, et de statues. Ici, un grand nombre de personnes s’étaient rassemblées, et comme elles sont apparues très ordonnées et pacifiques, nous décidâmes de nous poser. Alors que l’engin descendait prudemment, Gazen et moi portions un regard attentif sur la foule, avec nos revolvers dans nos mains. Au lieu de colère et de résistance, cependant, les indigènes ne manifestèrent que des signes d’amitié et de bienvenue. Ils se retirèrent à une distance respectueuse, et, tombant à genoux, entonnèrent un chant ou un cantique d’une douceur merveilleuse jusqu’à ce que l’engin touche le sol.

[1Nemoville, Black Coat Press in January 2012 — ISBN : 978-1-61227-070-8