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Charles Williams : Je t’attends au tournant

jeudi 30 avril 2020, par Denis Blaizot

Série Noire N° 246 (1955)

Auteur : Charles Williams
Titre français : Je t’attends au tournant / Hot spot
Titre original : Hell Hath No Fury (1953)
Éditeur : Gallimard (Série Noire N° 246)
Année de parution : 1955

Ouverture :

Dès mon premier matin de boulot, il m’appela dans le bureau et me chargea d’aller récupérer une bagnole dans un coin de campagne.
—  J’en ai marre de cet oiseau-là, dit-il ; alors pas de discussion. Ramenez la voiture. Miss Harper va vous accompagner. Elle conduira l’autre bagnole au retour.
J’étais à la commission et ce genre de truc ne me rapportait rien. J’allais lui dire de confier ses courses à quelqu’un d’autre quand la fille entra, ce qui me fit changer d’avis.
Il nous présenta :
—  Miss Harper. Madox, notre nouveau vendeur.
—  Enchanté, dis-je.
Elle portait une robe légère en coton elle avait des bras bien ronds, légèrement brunis. Elle ressemblait à une rose thé à longue tige...

Mon avis : C’est en discutant de la nouvelle traduction proposée par Gallmeister en janvier 2019, que m’a pris l’envie de relire ce roman de Charles Williams, connu, au moins en France pour son célèbre roman Fantasia chez les ploucs(Le bikini de diamants).

C’est par l’adaptation cinématographique de celui-ci que j’ai découvert cet écrivain génial, mais longtemps après avoir vu le film et par le plus grand des hasards, découvrant le livre de poche dans une brocante. J’ai alors décidé de lire tout ce qu’il avait écrit et de voir, dans la mesure du possible, toutes les adaptations cinématographiques de ses œuvres : 22 romans, presque tous traduits en français. Allez savoir pourquoi les éditeurs publient de nouvelles traductions des romans déjà disponibles, mais laissent de côté le seul qui n’ai jamais fait l’objet d’une traduction en français ! et une moitié adaptée pour le cinéma ou la TV.

Bref. Hell Hath No Fury est sorti en 1953 aux U.S.A. et en 1955 sous le titre Je t’attends au tournant deux ans plus tard dans la collection Série Noire. Mais en 1990, il est l’objet d’une adaptation signée Dennis Hopper et avec Don Johnson dans le rôle du héros. Vous avez oublié Don Johnson ? Pourtant, dans ces années-là, il était réputé pour sa prestation dans la série « culte » (à la fin des années 80) Miami vice. Depuis il semble qu’il soit publié aussi bien en France qu’aux U.S.A. sous le titre Hot Spot qu’avait choisi Hopper pour son film.

Que dire du roman sans en dévoiler la trame ? Déjà, que si son style ne me convenait pas, je n’aurais pas lu l’intégralité de son œuvre. Que j’adore ses histoires où le héros, qui essaye de vivre une vie tranquille, « ordinaire », se retrouve pris dans les engrenages d’affaires interlopes ou d’individus machiavéliques ou tout simplement dangereux et sans scrupules. Va-t-il s’en sortir et faire de sa vie ce qu’il veut ? Va-t-il tomber ? Je vous laisse lire ce cours roman pour le découvrir.

En bref : Je vais reprendre la lecture de l’intégrale de Charles Williams.

Et pour finir, comparons les traductions :

Gallmeister Série noire
Elle avait de longues jambes gracieuses et elle portait des collants en nylon foncé.
Je me suis levé.
— On ferait mieux de repartir, ai-je dit. Il risque de ne pas revenir avant la fin de la journée.
— Oh, je l’ai trouvé. Il était au ruisseau.
Je devais être en train de la dévisager. Elle s’était absentée à peine deux ou trois minutes. Et pourquoi n’était-il pas remonté avec elle ?
— Vous avez récupéré les clés de la voiture ? ai-je demandé.
Elle ne m’a pas regardé.
— Non. Il m’a payé. Les deux règlements dus. Inutile de saisir la voiture.
J’ai hoché la tête.
— Vous devez être âpre à la négociation, vous, ai-je dit. Je suis bien content de ne pas vous devoir d’argent.
Elle s’est tournée vers la voiture.
— Oh, il comptait payer. Mais il n’avait pas eu l’occasion d’aller en ville. On ferait mieux d’y aller, non ?
— Oui, je pense.
Toute cette histoire était bizarre, mais s’il lui avait vraiment donné l’argent, inutile de s’attarder plus longtemps dans le coin.
On avait atteint la voiture et on s’apprêtait à grimper dedans quand j’ai levé les yeux et j’ai vu l’homme marcher vers nous. Il était sorti du sous-bois en bordure de la route qu’on avait suivie jusqu’ici, il portait dans le creux du coude une arme qui ressemblait à fusil à pompe calibre 22. Elle l’a vu, elle aussi. Elle avait une expression gênée, et quand elle m’a lancé un regard en coin, j’ai compris qu’il s’agissait de Sutton et qu’elle m’avait menti en prétendant l’avoir vu près du ruisseau.
Elle avait les jambes longues et bien galbées.
— On n’a plus qu’à s’en aller, dis-je en me relevant. Il y a des chances qu’il ne rentre pas de la journée.
— Oh ! je l’ai trouvé, près de la source.
Je dus prendre une tête ahurie. Elle n’était pas restée absente plus de deux ou trois minutes. Pourquoi ne l’avait-il pas raccompagnée ?
— Vous avez les clefs de la bagnole ? lui demandai-je.
— Non, répondit-elle, sans me regarder. Il m’a payée. Les deux traites.
— Vous devez être rudement éloquente ; c’est une veine de ne pas vous devoir d’argent !
— Oh ! il avait bien l’intention de payer. Mais il n’a pas eu l’occasion de passer en ville. Si on s’en allait ?
— D’accord.
C’était assez, bizarre, mais s’il avait payé, ce n’était pas la peine de s’incruster.
Nous nous préparions à monter en voiture quand j’aperçus un homme qui se dirigeait vers nous. Il était sorti d’entre les arbres qui bordaient la route. Il portait un fusil, au creux du coude ; calibre 22, apparemment. Elle le vit également. Elle me lança un rapide regard de côté. C’était bien Sutton. Elle m’avait donc menti en me disant qu’elle l’avait rencontré à la source.

Je ne sais pas pour vous mais, moi, je préfère la traduction de 1955.

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