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Jacques Constant : L’homme qui tue les morts

mercredi 30 décembre 2020, par Denis Blaizot

Ce conte est paru dans l’Excelsior du 6 avril 1921 1921 .

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Avoir été mieux qu’intimes : inséparables ; avoir pendant des années, sur les bancs du collège d’abord, au Quartier latin ensuite, partagé les mêmes joies, les mêmes soucis, les mêmes espoirs ; n’avoir eu qu’une bourse pour deux et puis soudain, sans trop savoir pourquoi, tirer chacun de son côté, vivre comme des étrangers dans des quartiers différents de la même ville : voilà un phénomène fréquent à Paris.

J’y réfléchissais ce samedi-là et je calculai, non sans remords, qu’il y avait au moins huit mois que j’étais sans nouvelles d’Urbain Didier. Un bon mouvement me poussa jusqu’au 28 de la rue de Seine, où mon ami occupait un petit appartement. Chez le concierge j’appris avec étonnement qu’il avait déménagé au terme de janvier et transporté ses pénates dans la grande banlieue.

Je faillis, je l’avoue, remettre ma visite à plus tard, mais je sentis que, si j’écoutais ma paresse, c’en était fait de notre vieille amitié, et voilà comment je pris le lendemain le train à la Bastille pour me retrouver une heure plus tard dans une petite gare champêtre.

Urbain habitait, à un bon kilomètre de là, un vieux château entouré de douves au milieu des bois. La façade, pierres et briques, ne manquait pas d’allure, mais toute une aile était écroulée, plus un volet ne tenait et l’intérieur présentait un aspect de délabrement lamentable. Sur les ruines envahies par le lierre et la vigne vierge, le Soleil versait une lumière radieuse, mais je me rendis compte que le lieu devait être passablement sauvage, voire sinistre, dès que le ciel s’assombrissait. Bah ! ce n’était pas moins une charmante retraite pour des amoureux, car tel que je connaissais Urbain je ne supposai pas un instant qu’il pût s’enterrer là sans quelque compagne de choix.

Eh bien ! non, je faisais fausse route : mon ami vivait tout seul dans cette grande baraque avec une vieille domestique du pays qui lui préparait ses repas. Il m’accueillit avec plaisir, mais il me parut changé. Il ne riait plus aux éclats comme naguère, il semblait préoccupé et ses yeux cernés avaient une fixité inquiétante.

Dès que nous fûmes à table, il me posa une interrogation bizarre :

— Que penses-tu de la nouvelle invention d’Edison ?

— Fais-tu allusion à la machine à parler avec les morts ? C’est sans doute un canard d’outre-Atlantique ?

— Et si je te disais que je crois avoir découvert le moyen de matérialiser les âmes ?

— Allons donc ! Il ne te manquait plus que de donner dans le spiritisme.

— Mais, protesta-t-il avec vivacité, mon procédé est rigoureusement scientifique et, si l’au-delà ne t’inspire aucun effroi, tu pourras justement, ce soir, assister à ma première expérience.

Et comme j’esquissais un sourire incrédule :

— Connais-tu l’osmium ? poursuivit-il.

— Heu ! c’est un métal.

— Oui. L’un de ses composés, le peroxyde, possède la faculté d’émettre des vapeurs au contact desquelles les éléments anatomiques sont instantanément immobilisés dans la position qu’ils occupent au moment de l’action. Si tu diriges maintenant sur ces vapeurs les rayons Bêta d’une ampoule fortement chargée de radium, ces vapeurs se colorent en bleu, en rose, en noir, selon la réaction.

— Soit, ton hypothèse prévoit des corps vivants, mais les âmes...

— Sont vivantes et j’imagine que leur substance ténue, dématérialisée, impondérable est analogue à l’éther. Du reste tu en jugeras toi-même. Je t’avertis d’ailleurs que l’expérience n’est pas sans danger, en raison de la toxicité des vapeurs d’osmium. Mais le cas est prévu et j’ai préparé des masques respiratoires.

— Et, fis-je avec un ricanement, si les âmes refusent d’assister à ton expérience ? Car enfin je ne suppose pas qu’elles soient à ton entière disposition et qu’au commandement elles viennent défiler devant l’appareil ?

— J’ai même l’impression qu’elles sont peu désireuses d’entrer en contact avec nous ; car nous représentons pour elles un cycle inférieur. Mais elles n’ont pas perdu tout souvenir de leur vie terrestre et elles reviennent volontiers aux endroits où elles ont souffert, où elles ont aimé. C’est la raison pour laquelle je me suis installé dans cette ruine.

 » De par sa durée, ce vieux château doit avoir une histoire sentimentale riche et complexe. Il serait extraordinaire qu’aucun des habitants défunts de cette demeure n’y revînt en pèlerinage... »

Le laboratoire qu’Urbain avait installé à grands frais dans ce qui jadis avait été un petit salon n’offrait pour le profane que je suis aucun intérêt spécial.

Pourtant lorsque nous y fûmes renfermés avec nos masques, qui nous faisaient des museaux de bêtes ; lorsque des appareils bizarres se mirent à tourner, j’avoue qu’un frisson désagréable me parcourut.

Je gardais le silence, qui m’était recommandé, et j’écarquillais les yeux sans apercevoir autre chose que les vapeurs d’osmium qui, sous l’influence des ions invisibles, ressemblaient à des fumées grises. Combien de temps restâmes-nous ainsi ? Je l’ignore. Soudain, je sentis la main de mon ami se crisper sur mon bras.

Et je vis. Oui, je vis distinctement se profiler en bleu lavande une haute silhouette masculine bien prise dans un habit collant à la mode de 1830.

Malheureusement les rayons ne frappaient que le milieu du corps, de sorte que la tête restait dans l’ombre.

J’étais là, haletant, retenant ma respiration, quand une seconde silhouette, féminine celle-là, se profila toute rose à côté de la première. J’étais là dans le noir, béant, retenant ma respiration, quand j’entendis un déclic. Urbain remontait doucement un écran. Je compris sa manœuvre lorsque le visage de la femme apparut brusquement en pleine vapeur lumineuse. Elle était jeune et radieusement belle avec ses boucles autour du front et son chignon serré sur le sommet de la tête. À ce moment j’entendis comme un léger soupir et l’adorable effigie s’évanouit.

Urbain donna la lumière et nous courûmes jusqu’au fond du laboratoire, près de la porte, là où nous avions vu disparaître l’image rose. Bien entendu la pièce était vide, mais sur le parquet nous remarquâmes une sorte de poudre blanche, condensation probable des poussières d’osmium, mais qui figurait le dessin, assez flou du reste, d’un corps de femme.

Urbain paraissait très affecté. Il m’expliqua qu’en remontant l’écran il avait déplacé un manchon de plomb destiné à retenir les rayons Gamma émis par le radium et qu’il craignait d’avoir détruit la délicieuse image.

Je partis dans le jardin respirer un peu d’oxygène, car je me sentais incommodé par les vapeurs d’osmium. Quand je revins une heure plus tard, je trouvai Urbain pleurant à chaudes larmes.

— Hélas ! me dit-il, j’ai recueilli et analysé la poussière blanche répandue sur le sol. C’est un corps mystérieux et absolument inconnu, celui-là même qui doit constituer la substance de l’âme.

Puis, à ma grande frayeur, il se dressa, les yeux égarés, l’écume aux lèvres, et il s’enfonça dans le bois en criant :

— Pardonnez-moi, mon Dieu, j’ai tué les morts, j’ai tué les morts !

Jacques Constant Jacques constant Jacques constant serait le pseudonyme de Jacques Étienne Constant Jordy (1873 - 1965)

Voilà une petite nouvelle de Science-Fiction très dans le ton de ce qu’ont pu écrire des gens comme H.G. Wells ou Maurice Renard Maurice Renard . Une invention nouvelle qui joue avec l’ésotérisme, la vie après la mort, etc. Et le tout dans un style agréable qui n’a pas trop mal vieilli. Il n’y a pas à dire : bien des écrivains du début du XXe siècle sont passés aux oubliettes alors qu’ils ne le méritaient pas. du moins une partie au moins de leur œuvre mérite de survivre.

Mais ! Qui est ce Jacques Constant Jacques constant Jacques constant serait le pseudonyme de Jacques Étienne Constant Jordy (1873 - 1965)  ? Ce n’est pas le Pédopsychiatre spécialiste de l’autisme. Celui-là est né en 1940 1940 . Ce n’est probablement non plus le scénariste. Ou alors, il était sacrément précoce ! Il était né en 1907 et cette nouvelle a été publiée en 1921 1921 .

Le triomphe des suffragettes.

Serait-il à l’origine du Triomphe des Suffragettes. Roman des temps futurs (1910 1910 ) ? grande question. D’après BDFI il s’agirait du pseudo de Jacques Jordy.... dont la BNF ne connait pas le nom.