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Geoffrey Chaucer : les contes de Cantorbéry

dimanche 6 novembre 2016, par Denis Blaizot

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J’ai découvert il y a peu [1] le tome 2 de la traduction établie par Le chevalier de Chatelain en 1858 et éditée par Basil Montagu Pickering (Londres). Je voulais les découvrir depuis de nombreuses années [2], mais j’en remettais toujours la recherche à un autre jour. Ce tome isolé était donc la bonne occasion de vérifier si cette œuvre était disponible en version numérisée

Je vais donc, comme à mon habitude vous en proposer une version ePub.
Travail réalisé d’après l’édition Basil Montagu Pickering, 1857.

 

Geoffrey Chaucer

(1340 ?-1400)

Contes de Cantorbéry

Traduits en vers français par le chevalier de Chatelain

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À Leopold Wray, esq.

Ami et Collègue ès Lettres et ès Poésie.

À toi qui le premier a signalé à mon attention l’œuvre de Chaucer, à toi je dédie ce livre, traduit avec amour, que tes bons conseils et tes savantes élucidations m’ont mis à même d’achever.
C’était une tâche surhumaine que tu m’imposais en m’indiquant ces magnifiques pages datées de 13 à 1400 mais tu as su me la rendre possible ; À toi donc mes remerciements, et l’assurance de mon éternelle gratitude !
Le Chevalier de Chatrelain

Introduction

Quelques mots sur Chaucer et sur notre traduction des Contes de Cantorbery.

Geoffrey Chaucer, le père de la Poésie Anglaise, naquit vers l’an 1328, de quelle extraction ? Sa Postérité n’en fait mot mais le Génie et l’Esprit étant la plus pure essence de la Divinité, Chaucer fut noble, le hasard l’eut-il fait naître de parents n’ayant un nom inscrit dans les fastes de la Noblesse.

En 1359 Chaucer commença sa carrière militaire, fit partie de l’armée avec laquelle Édouard III Fit une invasion en France, et fut fait prisonnier pendant cette expédition qui se termina par la paix de Chartres en 1360.

Chaucer porta les armes pendant vingt-sept ans. On s’accorde à dire qu’il possédait une érudition fort grande. Les Classiques, l’Astronomie, l’Astrologie, les Sciences du droit canon et du droit civil, le Commerce, l’Industrie, rien ne parait lui avoir été complètement étranger, et les Contes de Cantorbery en font foi.

Vers 1367 Chaucer épousa Philippa, une des demoiselles d’honneur de la Reine, fille de Sire Payne Rœt, natif de Hainault et Roi d’Armes de Guienne, et sœur de Catherine veuve de Sir Hugues Swinford, d’abord maîtresse et subséquemment femme de Jean de Gand, duc de Lancastre.

Vers cette époque, déjà attaché à la chambre du Roi, Chaucer fut en 1372 un des commissaires du Roi chargés de s’entendre avec les autorités de Gènes sur le choix d’un port en Angleterre où les Génois pussent former un établissement.

C’est à la fuite de ce voyage en Italie que Chaucer est présumé avoir vu Pétrarque à Padoue, et avoir entendu de la bouche du grand barde italien le joli conte de Grisildis, circonstance à laquelle il fait allusion dans le prologue du Clerc d’Oxford.

Le 8 juin, 1374, Chaucer fut nommé contrôleur des douanes et subsides en laines, peaux, tanneries, &c. &c. du port de Londres ; en 1376, le Roi le nomma conjointement avec Sir John Burley pour remplir certains services secrets, dont le secret a été si bien gardé, qu’on ne fait, à l’heure qu’il est, quels étaient ces secrets.
En février, 1377, Chaucer fut adjoint à Sir Thomas Percy (depuis Comte de Worcester) pour remplir une mission secrète en Flandres.

La faveur dont Chaucer avait été l’objet sous Édouard III ne l’abandonna point à l’avènement de Richard II. On voit le 16 janvier, 1378, attaché à la mission de Sir Guichard d’Angle (devenu plus tard Comte d’Huntingdon), de Sir Hugues Segrave, et du Docteur Skirlaw constitués Ambassadeurs à l’effet de négocier le mariage du Roi avec la fille du Monarque Français.

Au commencement de 1378, Chaucer revenu en Angleterre est, en mai de cette même année, envoyé avec Sir Edward Berkeley en Lombardie pour traiter avec Bernardo Visconti duc de Milan et le célèbre Sir John Hawkwood, « pro certis negociis expeditionem guerræ Regis tangentibus, » — phrase très vague, fait judicieusement remarquer Sir Harris Nicolas, auteur d’une vie de Chaucer, qui peut à peine expliquer quelle était à cette époque la politique de l’Angleterre vis-à-vis des États Italiens.

En 1386, Chaucer fut élu un des députés au Parlement pour le Comté de Kent.

Le 4 décembre, 1386, Chaucer fut remplacé comme contrôleur des douanes et subsides et le 14 ; du même mois comme contrôleur des petites douanes dans le port de Londres.

Quelques-uns des biographes de Chaucer attribuent cette disgrâce à la part que prit notre poète contre la cour dans l’élection de Jean de Northampton à l’office de Maire, mais cette assertion parait peu fondée, et tenir plutôt du roman que de l’histoire ; toutefois en 1388 la position pécuniaire de Chaucer parait avoir été des plus précaires mais en mai, ; 1389, quand le jeune roi prit les rênes du gouvernement, et que le duc de Lancastre, protecteur de Chaucer, fut rappelé de la Guienne pour rentrer dans l’administration du Royaume, Chaucer retrouva toute sa faveur perdue, et dès le 12 juillet, 1389, fut nommé inspecteur des ouvrages du Roi au palais deWefiminfier, à la Tour de Londres. &c. &c. — places fort lucratives, qu’il pouvait occuper par députés.

De 1396 à 1398 Chaucer parait être tombé dans une pauvreté comparative, dont il sortit en 1399 à l’accession du roi Henri IV qui doubla ses pensions.

Chaucer mourut le 14 octobre, 1400, à l’âge de soixante-douze ans, et fut enterré à Westminster Abbey, où sa tombe est un des ornements de cette partie de l’abbaye appelée Pœt’s Corner.

Il existe plusieurs vies de Chaucer. Nous avons glané les étapes de la vie du grand poète dans le beau morceau littéraire dû à la plume de Sir Harris Nicolas, qui précède l’édition Aldine publiée en 1842, par William Pickering, l’honorable père de notre publisher, et sortie comme le présent volume des presses de Charles Whittingham, dont le nom se rattache aux publications classiques les plus remarquables de ce siècle.

Sur notre traduction des Contes de Cantorbery nous avons peu de choses à dire, en laissant l’appréciation aux critiques littéraires, honnêtes, et heureusement il y en a encore un assez grand nombre en Angleterre.

Cependant nous protestons ici contre ces critiques qui ne s’emparent d’un livre nouveau qu’avec l’intention bien arrêtée de chercher à salir le nom de l’auteur ou du traducteur. Eunuques impuissants à produire, frelons paresseux vivant aux dépens de la communauté des abeilles, dont ils analysent le miel, incapables d’en composer, ces gens-là s’amusent à déchiqueter l’œuvre de la vie d’un homme avec autant de plaisir que Néron en prenait à rassasier ses yeux de l’incendie de Rome. L’auteur ou le traducteur leur aura fait offense, très souvent sans qu’il ait pu s’en douter, en parlant par exemple avec mépris des écrivains anonymes, et les voilà assassinant l’auteur ou le traducteur à coups de stylet, coups qu’ils peuvent porter impunément, l’auteur est là qui ne se cache pas lui, il a déclaré son nom eux au contraire n’ont de noms que ceux qui traînent dans les bas-fonds de la société, et d’ailleurs ne font-ils pas à l’abri ? Un masque couvre leur hideuse figure ; ils peuvent donc se ruer à cœur joie sur l’auteur, c’est là leur fair play. Laissons ces Garotteurs littéraires mille fois plus lâches, mille fois plus misérables que les Garotteurs de grand chemin ces derniers ne prennent que l’or ou l’argent d’un homme, les autres lui volent s’ils peuvent ou lui assassinent sa réputation, au mieux de leur pouvoir. Un jour viendra, qui n’est pas loin, où les littérateurs en masse, et le public leur interdiront leur commerce de lâchetés, de dénigrements et de calomnies anonymes.

Regardant Chaucer comme le Boccace de l’Angleterre, le mettant fous plus d’un rapport, au moins au niveau de Shakespeare, qu’il a précédé, le considérant, nous le répétons, comme le Père de la poésie Anglaise, nous avons cru devoir élever à sa mémoire un monument Européen, en traduisant les Contes de Cantorbery en vers français ; la langue de Chaucer d’un accès difficile pour ceux qui sont désireux d’en apprécier les beautés et d’en savourer les charmes, n’étant plus lue, même en Angleterre, que par le très petit nombre. Nous croyons donc livrer à l’admiration du continent non pas notre traduction, comme un certain literary lawyer (un de nos intimes ennemis qui se cache sous ce pseudonyme dans le Morning Star), sera tenté de nous en accuser, mais l’œuvre de Chaucer, qu’on ne se méprenne pas ! Ce n’est pas l’habit que nous croyons digne d’admiration, c’est le moine en chair et en os.
Chaucer, dirons-nous, vivait dans un temps où l’expression avait un franc-parler qui tenait un peu du débraillé, on appelait crûment alors comme Boileau l’appela depuis,
Un chat un chat, et Rollet un fripon !

Et bien qu’à notre avis il n’y ait pas plus de vilains mots dans Chaucer que dans Boccace, qui a été lu par tout le monde, encore y en a-t-il beaucoup trop pour les traduire sans vergogne, et les jeter à la face du public dans ce dix-neuvième siècle devenu d’autant plus prude que l’immoralité y fleurit plus vivace. C’est en cela que notre tâche a été fort difficile à remplir. Nous avons dû laisser autant que possible tout son esprit à Chaucer, en adoucissant toutefois quelques-unes de ses expressions, nous contentant de laisser subsister sa pensée, en modifiant ou en raturant le mot trop… comment dirons-nous cela ?… trop peu vêtu. En sorte que si nous ne pouvons dire de notre traduction des Contes de Cantorbery :

La mère en permettra la lecture sa fille.

Nous pouvons dire au moins que hormis par les demoiselles, notre traduction peut et pourra être lue par toutes les femmes qui ont pris pour motto dans la vie Vertu, l’opposé de Bégueulisme !

Quant à la partie matérielle de notre œuvre, nous avons traduit Les Contes de Cantorbery souvent vers pour vers, toujours strophes pour strophes, dans les contes qui font écrits ainsi par leur auteur ; d’autres fois nous avons laissé courir notre plume sans nous inquiéter d’augmenter un conte de vingt, trente ou quarante vers, alors que nous pensions que la narration pouvait gagner du naturel. Si nous faisons cette observation, c’est qu’un critique du journal anglais The Press nous a accusé avec peu de bonne foi lors de la première édition de notre traduction des Fables de Gay et en présence du texte placé en regard, d’avoir paraphrasé Gay, et de l’avoir amplifié outre mesure, alors que la vérité, facile à vérifier par les deux textes, et reconnue par la plupart des autres journaux, est que notre traduction des fables de Gay est pour la plupart du temps aussi concise que l’original, et quelquefois même plus concise. Du reste le même critique jugeant sans doute le faire, le mécanisme de la poésie française par le faire, par le mécanisme de la poésie anglaise a voulu sérieusement nous convaincre que le participe passé du verbe citer au pluriel masculin cités1, ne pouvait rimer en vers français avec le mot cités (towns). — Après une assertion aussi bouffonne, qu’y a-t-il à faire ?.. Mon Dieu, rien ! Toutes les divagations peuvent entrer dans la cervelle humaine, et à plus forte raison dans la cervelle d’un critique anonyme qui ne craint pas de se délivrer à lui-même un brevet d’ignorance par fuite d’une impertinence littéraire qu’il peut se permettre sans aucun contrôle.

Nous arrêterons là nos observations faites dans ce seul but de prévenir des critiques injustes, sans bonne foi et d’une malveillance déshonnête, telles que celles faites sur quelques-uns de nos précédents ouvrages par la Literary Gazette, l’Atlas et le Journal des Ignorants, l’Educational Times.

Nous avons cru devoir comprendre dans la collection des Contes de Cantorbery, le Conte de Gamelyn raconté par le Cuisinier bien qu’il y ait incertitude s’il est ou non de Chaucer, et probabilité même qu’il n’est pas de notre poète ; aussi Tyrwhitt l’omet-il ; s’il se trouve dans l’édition de Bell, c’est seulement à la fuite des contes attribués à Chaucer ; l’édition Aldine le passe également, Thomas Wright le donne, et nous avons fait comme cet écrivain, le Conte de Gamelyn quelque soit d’ailleurs son père réel, étant une peinture curieuse de ces temps où Robin Hood avait si grande popularité, et à notre avis s’encadrant merveilleusement avec le reste de l’œuvre.
Nous avons cru devoir rendre en vers le conte de Mélibée raconté en prose par Chaucer, et traduit par lui d’un manuscrit français qui fait aujourd’hui partie du Ménagier de Paris, publié par la société des Bibliophiles Français ; nous avons traduit également en vers le Conte du Curé, ce long Traité de la Pénitence nous paraissant moins lourd en vers, qu’il n’eut été, transmis dans la prose française de 1857, qui n’a pas, et ne peut avoir la naïve bonhomie de celle non seulement de Chaucer, mais du quatorzième siècle ; dans ces deux traductions nous avons été très économes de suppressions, et ne nous sommes permis de changer quelques-unes des autorités auxquelles sont attribuées les textes qu’après vérification faite préalablement, et en connaissance de cause, vérification par parenthèse que les divers éditeurs de Chaucer ont déclaré n’avoir pas faites.

Nous avons consulté et comparé ensemble à peu près toutes les éditions connues de Chaucer-Caxton, Urry, Speght, Tyrwhitt, Bell, Sir Harris Nicolas, et Thomas Wright nous avons reçu de la lumière de toutes et de chacune ; mais lorsque ces textes étaient différents, ou que leur ponctuation nous semblait défectueuse, nous avons dû nécessairement adopter le sens qui nous paraissait le plus raisonnable ; si nous nous sommes trompé, c’est avec bonne foi, voilà notre excuse que celui qui est sans péché, dans ; un cas semblable, nous jette la première pierre, nous conserverons alors l’espérance de ne pas être trop horriblement lapidé !

Un jeune artiste de nos amis, Monsieur Philip H. Calderon, dont le joli tableau « Broken Vows » est une des perles du salon de peinture de cette année (the Exhibition of the Royal Academy of Arts),nous a prêté son puissant concours en illustrant quelques-uns des contes par de charmants dessins, gravés avec grande habileté par George Dorrington ; à ces deux artilles qui ont orné avec tant de goût le monument que nous élevons à Chaucer, nos remerciements les plus sincères font acquis.

Nous avons dit !
Le Chevalier Chatelain.

Je pense qu’il est temps d’admettre que les contes de Canterbury ne sont pas ce que j’attendais, trompé par la reprise du titre par Jean Ray. Je contais initialement remettre au propre pour une lecture plus facile pour tous cette édition. Mais deux ans pour faire le tome 1 ne présage rien de bon sur l’aboutissement de ce projet.

Je vais donc vous livrer aujourd’hui ce volume au format pdf en français et typo modernes.


[1Cela fait maintenant presque deux ans !

[2Depuis ma lecture des Derniers contes de Cantorbéry de Jean Ray.