Accueil > Science-fiction, Fantasy, Fantastique > Weird Tales > Quelques poèmes de Weird Tales > Jean Lahors : Égalité, fraternité... /The Dance of Death / Danse (...)

Jean Lahors : Égalité, fraternité... /The Dance of Death / Danse macabre

dimanche 12 décembre 2021, par Denis Blaizot

Auteur : Henri Cazalis (Jean Lahors)
Titre original : Égalité, fraternité... (1891 1891 )
Titre américain 1 : The Dance of Death (1926 1926 )
Titre américain 2 : Danse Macabre (1926 1926 )

En découvrant le nom de Jean Lahors dans Weird Tales de mai 1926 1926 , je n’ai pu m’empêcher de regarder de plus près ce texte. Et voyant sous le titre la mention (Translated, by Edward Baxter Perry), je n’ai pu que vérifier ce que je subodorais déjà : Jean Lahors était un écrivain français. Encore un peu de recherche et je découvre qu’il s’agit d’une variante du pseudonyme utilisé par Henri Cazalis.

Je vous propose donc de découvrir le texte de Weird Tales établi par Edward Baxter Perry d’après le poème de Henri Cazalis, Égalité, Fraternité ... puis le poème original. Quelle différence !!!

Et pour vous en convaincre, je vais aussi vous donner la traduction de
The Dance of Death.

Pour l’anecdote, ce poème a fait l’objet d’une deuxième publication en décembre 1926 1926 dans la même revue sous le titre Danse macabre. Cette deuxième version, vous allez pouvoir le constater, est beaucoup proche de l’original.

Weird Tales, mai 1926 1926
The Dance of Death
By JEAN LAHORS

(Translated, by Edward Baxter Perry)
Voir la traduction de cette version en bas de page.



On a sounding stone,
With a blanched thigh-bone,
The bone of a saint, I fear,
Death strikes the hour
Of his wizard power,
And the specters haste to appear.

From their tombs they rise
In sepulchral guise,
Obeying the summons dread,
And gathering ’round,
With obeisance profound,
They salute the King of the Dead.

Then he stands in the middle
And tunes his fiddle,
And plays them a gruesome strain ;
And each gibbering wight
In the moon’s pale light
Must dance to that wild refrain.

Now the fiddle tells,
As the music swells,
Of the charnel’s ghastly pleasures ;
And they clatter their bones
As with hideous groans
They reel to those maddening measures.

The churchyard quakes
And the old abbey shakes
To the tread of the midnight host,
And the sod turns black
On each circling track,
Where a skeleton whirls with a ghost.

The night wind moans
In shuddering tones
Through the gloom of the cypress tree,
While the mad rout raves
Over yawning graves,
And the fiddle bow leaps with glee.

So the swift hours fly
Till the reddening sky
Gives warning of daylight near.
Then the first cock-crow
Sends them huddling below
To sleep for another year.

Weird Tales, décembre 1926 1926
Danse Macabre
By JEAN LAHORS
(Translated by Bertram Galbraith)



Click, click, click . . . Death is prancing ;
Death, at midnight, goes a-dancing,
Tapping on a tomb with a talon thin,
Click, click, clack, goes the grisly violin.

The cold wind howls, the trees are stark,
The grim, white skeletons glide in the dark ;
They run and leap, in their ghastly shrouds,
’Neath the gloom of the lowering tempest clouds.

Click, click, click, the thin arms toss . . .
And the wraiths pair off on the slimy moss
Who were swains of yore . .. there’s a crackling noise
As they seek in vain for forgotten joys.

Click, click, clack ... the Eternal Riddle
Is the theme Death rasps on his dreary fiddle.
The drapery falls .. . the dancer’s nude,
But her partner clips her with clasp more rude.

Click, click, click . . . what a saraband !
They form a gaunt ring . .. hand in hand !
Click, click, click, on the weedy turf,
And a king is frisking with a serf.

Hark ! in a trice they are hushed and flown,
For the mom is at hand and the cock has crown.
’Twas a gala night for the souls set free ;
Then hail Death and Equality !

Égalité, Fraternité...
Henri Cazalis [1] (L’illusion — 1891 1891 , pages 90 et 91)


Zig et zig et zig, la Mort en cadence
Frappant une tombe avec son talon,
La Mort à minuit joue un air de danse,
Zig et zig et zag, sur son violon.

Le vent d’hiver souffle, et la nuit est sombre ;
Des gémissements sortent des tilleuls ;
Des squelettes blancs vont à travers l’ombre,
Courant et sautant sous leurs grands linceuls.

Zig et zig et zig, chacun se trémousse,
On entend claquer les os des danseurs ;
Des couples furtifs s’assoient sur la mousse,
Comme pour goûter d’anciennes douceurs.

Zig et zig et zag, la Mort continue
De racler très fort son aigre instrument.
Un voile est tombé ! la danseuse est nue
Son danseur la serre amoureusement.

Zig et zig et zig, quelle sarabande
Quel cercle de morts se donnant la main
Zig et zig et zag, on voit dans la bande
Le roi gambader auprès du vilain.

Mais psit ! tout à coup on quitte la ronde,
On se pousse, on fuit, le coq a chanté.
Oh la belle nuit pour le pauvre monde.
Et vivent la Mort et l’Égalité

Le texte français a été établi d’après la copie numérique disponible sur Gallica

Traduction de l’adaptation signée Edward Baxter Perry
La différence est énorme. Ne s’agirait-il pas plutôt d’un autre poème de Henri Cazalis ?
Sur une pierre chantante,
Avec un fémur blanchi,
L’os d’un saint, je le crains,
La mort frappe l’heure
De son pouvoir de sorcier,
Et les spectres se hâtent d’apparaître.

Ils sortent de leurs tombes
sous une apparence sépulcrale,
Obéissant à la redoutable sommation,
Et se rassemblent,
avec une profonde obéissance,
Ils saluent le roi des morts.

Puis il se tient au milieu
Et accorde son violon,
Et leur joue une chanson macabre ;
Et chaque sorcier baragouinant
Dans la pâle lumière de la Lune
Doit danser sur ce refrain sauvage.

Maintenant le violon raconte,
Alors que la musique enfle,
Les plaisirs horribles du charnier ;
Et ils brisent leurs os
En poussant des gémissements hideux
Ils tournent au son de ces mesures exaspérantes.

Le cimetière tremble
Et la vieille abbaye tremble
Sous le pas de l’armée de minuit,
Et le gazon devient noir
Sur chaque piste circulaire,
Où un squelette tourbillonne avec un fantôme.

Le vent de la nuit gémit
Dans des tons frissonnants
À travers la pénombre du cyprès,
Tandis que la course folle se déchaîne
Sur des tombes béantes,
Et l’archet du violon bondit de joie.

Ainsi, les heures rapides volent
Jusqu’à ce que le ciel rougeoyant
Donne l’avertissement que le jour est proche.
Alors le premier chant du coq
Les envoie se blottir en bas
Pour dormir une année de plus.

[1Véritable nom de Jean Lahors